Sommet sur la lecture TD - Faire lire les garçons

Orthopédagogue et docteur en psychopédagogie, Jean-Yves Lévesque est aussi chercheur à l'Université du Québec à Rimouski. Il a signé, conjointement, La lecture et l'écriture: pour que les garçons s'y intéressent. En entrevue téléphonique avec Le Devoir, M. Lévesque souligne qu'avant de parler de lecture chez les garçons, il faut évacuer les préjugés. «Au cours des 10 dernières années au Québec, on a eu tendance à ranger les filles et leurs compétences linguistiques d'un côté, les garçons et leurs facilités visuo-spatiales et physiques d'un autre. Ça nuit à l'idée que les garçons ont autant de possibilités de s'ouvrir à la littératie.»

Plusieurs milieux doivent être mobilisés pour encourager la lecture chez les garçons. L'école, bien sûr, mais aussi la famille, la communauté, et même l'équipe de hockey ou de football. «S'il n'y a pas de continuité entre ce qui se passe à l'école et dans les familles, les impacts sont moindres.»

Quatre préoccupations, parfois évidentes, aident à préparer le terrain de la lecture chez les garçons. «Il faut considérer leurs intérêts dans leurs choix de lecture.» Qu'on parle de sport, d'animaux ou d'aventures importe peu. Qu'on en parle en revue, en bande dessinée ou en livre non plus. «Il ne faut se fermer à aucun genre littéraire, alors qu'on a tendance à croire que certains, comme les revues, n'ont pas leur place en classe», poursuit M. Lévesque. Ensuite, les garçons doivent être exposés à des lecteurs masculins comme féminins. Leurs lectures doivent générer des échanges et ouvrir leurs champs d'intérêt. «Je citerai en exemple un étudiant qui a invité un entraîneur de hockey, un ex-joueur étoile, à former de petits groupes de lecture dans son équipe. Tous les lundis, les joueurs et l'entraîneur discutent après la pratique de ce qu'ils ont lu.»

Six dispositifs sont proposés, mis un à la fois en action jusqu'à être concomitants. Certains sont tout simples, comme installer en classe un coin lecture. «Plus de la moitié des écoles qu'on a visitées n'en avaient pas. Au secondaire, l'étudiant qui entre dans un laboratoire de chimie sait tout de suite où il est. Dans une classe de français, on ne sait pas trop ce qui se passe...» La lecture à haute voix est aussi un outil essentiel. «Plus les élèves grandissent, moins il y en a, souvent plus du tout au secondaire, alors que ça fait la promotion du livre, ça expose un modèle de lecteur, ça propose de nouvelles lectures. Ensuite, on peut générer des échanges entre les élèves, même s'ils débordent du livre. Les garçons aiment relier l'univers du livre à leur vie, à leur univers.»

Vient ensuite l'importance des familles. Le groupe de M. Lévesque propose des «rencontres entre pères et fils avec des "missions de lecture". Si on lit sur les animaux, par exemple, il faut identifier les caractéristiques qui ressemblent à celles du père et du fils.» Comme pour trouver son totem scout. «Le père peut négocier un sujet, faire lire sur les éoliennes en promettant de lire ensuite sur les skate boards.» Ces missions de lecture permettent de tisser des liens interpersonnels. «Le besoin d'affiliation et d'attachement peut se reconstruire par la lecture. On a eu des résultats surprenants, dans les milieux défavorisés même. On a réalisé qu'on partait souvent de préjugés, pensant que les pères s'intéressent moins souvent à la lecture, qu'ils viennent moins à l'école de leur enfant, qu'ils travaillent à l'extérieur.» De la même façon, le préjugé qui dissocie sports et lecture gagne à être aéré, les entraîneurs étant souvent des modèles plus lourds que les parents pour les garçons.

Ces dispositifs d'encouragement à la lecture sont déjà en place dans toutes les écoles de la commission scolaire des Phares. On peut trouver le projet La lecture et l'écriture: pour que les garçons s'y intéressent sur www.scribd.com.

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