Livres - Publication de notes de Félix-Antoine Savard, l'auteur de Menaud maître-draveur

Avec Les Acadiennes, Félix-Antoine Savard aspire à une tragédie antique canadienne sur la Déportation.<br />
Photo: Archives - Le Devoir Avec Les Acadiennes, Félix-Antoine Savard aspire à une tragédie antique canadienne sur la Déportation.

Félix-Antoine Savard (1896-1982), connu surtout aujourd'hui comme l'auteur du classique Menaud maître-draveur, était fasciné par la réalisation d'un long poème épique inspirée par la déportation des Acadiens en 1755. Les notes, feuillets et divers documents à la base de cette œuvre jamais éclose viennent d'être publiés.

À son décès en 2008, Yvan Lepage travaillait encore à réunir les fragments et pièces détachées des Acadiennes de Félix-Antoine Savard. La veuve du professeur, Françoise Lepage, a colligé les informations, comme elle le signale en présentation de l'ouvrage, «pour donner aux chercheurs et aux fervents de littérature accès à une oeuvre inédite, qui a hanté Félix-Antoine Savard pendant toute sa vie, mais qu'il n'a jamais menée à bien». C'est ce travail qui vient d'être publié par les éditions David.

Avec Les Acadiennes, Félix-Antoine Savard aspire à une tragédie antique canadienne sur la Déportation. Le drame, des années avant Pélagie-la-Charette (Bibliothèque québécoise) qui vaudra à Antonine Maillet son Goncourt, suivait le retour à Gran'Pré de femmes, d'hommes et d'enfants exilés à Boston depuis 1755.

Les ratures, les notes et les reproductions de feuillets manuscrits tirés du fonds Savard des Archives de l'Université Laval permettent de retracer la genèse de ces Acadiennes et de suivre l'évolution de la pensée de l'auteur. Comme les extraits du journal de Félix-Antoine Savard: «L'histoire de cet exode si tragique est assez facile à établir, y écrit-il en 1949, et les lieux, encore plus. Mais il me répugne d'écrire un roman là-dessus. La tragédie à laquelle j'avais pensé d'abord est morte et ne chante plus. Tout ce qui semblerait arrangement, composition, jeu de l'esprit me paraît indigne. Ce qu'il faut: quelque chose de simple, de sacré — une sorte de prose biblique rythmée par un long sanglot.»

On trouve, dans cette recherche, des vers libres et plusieurs références au théâtre d'Eschyle. Félix-Antoine Savard entendait d'ailleurs faire intervenir un choeur, comme dans le théâtre grec classique, composé de «sauvages» et du peuple acadien. Mais la rédaction de Journal et souvenirs et de Carnet du soir intérieur l'emportera sur celle des Acadiennes.

C'est avec son premier roman publié en 1937, Menaud maître-draveur (Bibliothèque québécoise) que Félix-Antoine Savard, fondateur de la paroisse de Clermont à Charlevoix, rencontre le succès littéraire. Yvan Lepage a d'ailleurs publié l'édition de référence de ce livre, dans la prestigieuse Bibliothèque du Nouveau Monde.