Rapport annuel - La bande dessinée confirme son dynamisme en 2010

Au rythme de 14 nouvelles publications par jour, dimanches compris, en 2010, l'univers de la bande dessinée a une nouvelle fois confirmé son dynamisme cette année. Le secteur de la bulle connaît toutefois, pour la première fois en 14 ans, un rythme de croissance sensiblement ralenti et cherche également de nouvelles marques dans les univers numériques, indique l'Association des critiques et journalistes de bande dessinée (ACBD), dans le rapport annuel qu'elle s'apprête à dévoiler dans les prochains jours.

Le titre Paul à Québec (La Pastèque), de Michel Rabagliati, s'y distingue d'ailleurs à la 37e place du palmarès des «plus gros tirages de 2010» dans le marché francophone de la bande dessinée, avec 35 000 exemplaires vendus sur le seul marché européen, peut-on lire, juste devant Nietzche, de Maximilien Roy et Michel Onfray, le tome 21 de Natasha, de Walthéry et Martens, et les dernières aventures du Petit Spirou signées Janry.

L'année 2010 a une nouvelle fois été faste pour les amateurs d'histoires en cases, qui ont été exposés à 5165 titres lancés cette année, soit 302 de plus que l'année précédente, indique l'ACBD dans son rapport remis hier en avant-première au Devoir. De ce nombre, près des trois quarts étaient de strictes nouveautés, le reste, soit 27 %, étant composé de rééditions d'oeuvres publiées initialement quelque part dans les 20 dernières années.

Prolifique, l'industrie de la bande dessinée voit toutefois ses ventes stagner cette année, note l'Association en pointant un recul des transactions à la caisse de 1,9 % pour les neuf premiers mois de l'année. «Cela n'est pas étonnant», a résumé hier Gilles Ratier, secrétaire général de l'ACBD, joint en France. «La bande dessinée ne pouvait pas continuer à faire exception dans le marché du livre.» Elle a également fait les frais d'une année sans nouvel album d'Astérix et de Titeuf, deux célèbres personnages qui activent les consommateurs, précise l'association.

Fidèle à ses habitudes

N'empêche, le lectorat a été fidèle à ses habitudes cette année en stimulant les mêmes champs de la bande dessinée: en tête, les albums franco-belges — Spirou, Blake et Mortimer, Lucky Luke, Thorgal où les Bidochons sont de fiers représentants de ce style — qui ont représenté 42 % des nouveautés. Les séries asiatiques de type manga ne sont pas loin derrière avec 40 %. Par ailleurs, les romans graphiques (10 %) — univers dans lequel s'inscrivent les plumes de Rabagliati ou Guy Delisle — et les comics à l'américaine, en version française (8 %), complètent le portrait.

Au chapitre des genres, les recueils humoristiques ont, une nouvelle fois, stimulé le marché, avec 514 albums parus en 2010. Les séries historiques, avec 340 albums, les titres plongeant dans les univers fantastiques et la science-fiction, avec 279 albums, mais aussi les polars, 241 albums, ont également attiré les mangeurs de bulles dans les librairies cette année, indique l'association. Quant aux titres pour les jeunes, ils maintiennent leur position sur le marché avec 185 nouveautés, soit le même nombre qu'en 2009.

La palme!

Du côté des tirages, c'est le tome 7 de Joe Bar Team, de Jenfèbre et Perna, qui remporte la palme avec 500 000 exemplaires tirés, «le plus gros tirage (hors manga) de l'année 2010», précise l'ACBD. Les 17es aventures du léger mais nécessaire Largo Winch, de Francq et Van Hamme, tout comme le Lucky Luke scénarisé par Daniel Pennac et Benacquista, sur un dessin d'Achdé, suivent ex aequo avec 470 000 exemplaires.

Spirou et Fantasio, Les Schtroumpfs, Trolls de Troy, l'adaptation de la série télévisée Les Simpson, Les Bidochons, Le Monde de Thorgal, Les Tuniques bleues ainsi que le dernier tome des Passagers du Vent, l'incroyable série imaginée par François Bourgeon, sont également visibles dans les 20 premières positions de cette liste.

Timide percée numérique


Tout en rappelant la forte concentration du monde de l'édition de la bande dessinée, neuf grands groupes, sur 299 éditeurs, se partagent 60 % du marché, l'ACBD souligne dans son bilan la timide percée de la bédé dans les univers numériques.

Oui, près de 15 000 blogues ou web-bédés seraient présents aujourd'hui sur la Toile, peut-on lire. Mais le changement de cadre de diffusion reste encore, dans la francophonie, une source d'inquiétude pour les auteurs qui freineraient ce développement. «La question cruciale pour tous les acteurs de la chaîne est celle de la numérisation des bandes dessinées "papier", le piratage étant le principal souci, dit M. Ratier. L'autre problème, c'est l'ampleur mondiale de deux distributeurs de livres numériques: Amazon et Google eBooks.» Toutefois, assure l'association, le milieu de la bande dessinée «fourmille de confrontations», mais ne se prive pas de tester «les moyens de ne pas rater le train du marché numérique». Et, forcément, le résultat pourrait se lire dans le prochain bilan annuel de l'ACBD, ou non.
1 commentaire
  • Olivier JOUVRAY - Inscrit 24 décembre 2010 04 h 32

    Numérique

    Dire que les auteurs freinent le développement du numérique est quelque peu inexact si je puis me permettre. Je prétends pour ma part (je suis membre du comité de pilotage du syndicat des auteurs de BD, ceux-là même qui freinent à coup de pétitions !) que ce sont nos éditeurs qui freinent ce développement en nous proposant des conditions contractuelles inacceptables. Je rappelle que nous touchons entre 8 et 10% du prix hors taxe d'un livre papier vendu en moyenne entre 10 et 15 euros. Nos éditeurs nous imposent d'accepter les mêmes conditions sur des ouvrages numériques loués 1,99 euros ou vendus 4,99 euros. En cas de glissement d'une partie de nos ventes vers le numérique, ce sont nos revenus qui s'en verraient très fortement diminués. L'éditeur et le diffuseur conservent à peu près le même niveau de rentabilité sur un livre numérique que sur un livre papier, seul l'auteur perd de l'argent. Il faudrait être irresponsable pour accepter cela. De nombreux auteurs innovent en matière de numérique avec les blogs BD, des formules avec abonnement, des pré-publications etc. Ce sont eux qui trouveront peut-être une solution viable pour tout le monde. Et la peur du piratage n'a pas grand chose à voir là dedans.