Les écrivains courent à la dépression

Nelly Arcan (1973-2009)<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Nelly Arcan (1973-2009)

On imagine souvent l'écrivain, plume à la main, en combat singulier contre le spleen, la mélancolie et l'angoisse de la page blanche ou de la Grande Faucheuse. Cette idée romantique du métier plumitif ne serait pas si loin de la réalité: les écrivains figurent dans les professions où les risques de dépression sont parmi les plus élevés.

Le site Internet américain health.com identifie les carrières et les professions qui entraînent le plus grand risque de dépression. Parmi les travailleurs sociaux, ceux de la santé, les professeurs, les serveurs, les conseillers financiers, se glissent auteurs, artistes et entertainers.

Chez les hommes, auteurs et artistes à temps plein forment la catégorie la plus susceptible, à 7 %, d'être frappée de dépression.

Vrai que les emplois artistiques riment souvent avec des périodes de travail irrégulières, une instabilité financière et de l'isolement. Les esprits créatifs, souligne health.com, semblent plus sensibles aux changements marqués d'humeur, et 9 % des artistes rapportent au moins un épisode dépressif dans l'année précédente. La professeure Debora Legge, spécialiste en santé mentale, souligne qu'on trouve plus souvent chez les artistes des signes de bipolarité.

Il ne faut pas fouiller bien loin pour trouver plusieurs suicidés littéraires: Socrate — suicide obligé, mais tout de même —, Virginia Woolf, Ernest Hemingway, Sylvia Plath, Paul Celan, Romain Gary, Stefan Zweig et Mishima ont signé la fin de leur vie. Ici, Hubert Aquin, Jacques Ferron et Nelly Arcan ont choisi le même chemin. Émile Nelligan, icône du poète romantique, souffrait d'instabilité mentale. Et se demandait, justement, ce qu'est ce «spasme de vivre».
11 commentaires
  • Caroline Moreno - Inscrit 18 décembre 2010 07 h 53

    LES YEUX DU COEUR

    Écrire, c'est observer, réfléchir, traduire ces observations et réflexions en mots. C'est regarder le monde à travers une caméra, un appareil-photo, une loupe, un microscope. Or, ce qu'il y a à voir n'est pas forcément beau. L'écrivain, qui remodèle la réalité, ne peut l'oublier.

  • Sanzalure - Inscrit 18 décembre 2010 07 h 58

    Besoin d'amour et de compréhension

    Écrire n'est pas facile, mais tous les efforts sont récompensés quand l'écrivain se sent aimé et compris. Mais les gens ne lisent pas beaucoup et ne reconnaissent pas à sa juste valeur le travail d'écriture.

    Pourtant, on a une belle preuve de l'utilité des livres dans l'article «Le livre au chevet des prématurés» :

    http://www.ledevoir.com/societe/sante/313188/le-li

    Serge Grenier

  • Marc André Bélanger - Inscrit 18 décembre 2010 10 h 56

    En perspective

    « Les esprits créatifs, souligne health.com, semblent plus sensibles aux changements marqués d'humeur, et 9 % des artistes rapportent au moins un épisode dépressif dans l'année précédente. »
    Mais quelle est la proportion dans le reste de la population? Selon un rapport du CDC, 9 % des adultes américains souffrent de dépression!
    http://news.health.com/2010/09/30/9-of-u-s-adults-

  • Rironie - Inscrit 18 décembre 2010 15 h 30

    Socrate: un écrivain!!!

    Pourquoi ne pas avoir ajouté Jésus Christ dans cette liste des suicidés littéraires? Tout comme Jésus Christ, Socrate n'a pas laissé d'écrit, et lui aussi est accouru vers sa propre mort.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 18 décembre 2010 20 h 25

    La poule et l'oeuf

    Ou est-ce que les bipolaires se retrouvent souvent écrivains, trouvant dans la création littéraire une manière de se réaliser pleinement?

    Et les hommes politiques? Comme Churchill entre autres...qui aimait relever des défis insurmontables...quand il se sentait positif et enthousiaste...après se dépression des années '30, où il fut loin de briller, passant d'une coalition à l'autre.

    Ces études peuvent souvent dire n'importe quoi. Pas seulement sur Youtube.