Poésie - Serge Lamothe et François Guerrette écoutent le son du monde

Évoquant Les Upanishads, ces textes de la littérature védique qui «se résument [tous] à une enquête visant à éclaircir la vraie nature du Soi», comme le spécifie Adi Shankara, Serge Lamothe intitule son dernier recueil Les Urbanishads, afin de mieux cerner l'intention introspective de ses poèmes. En voyage au Nouveau-Mexique ou même sédentaire à Montréal, l'auteur se tient aux aguets afin d'approfondir sa relation à l'immédiate tension qui maintient la vie juste à fleur de sens, au bord de toute émotion. Le paysage réel comme les évocations sont porteurs de signes.

Signes vitaux à travers les manifestations du désert, avancée d'un autobus perdu au bout de nulle part, précaires visions fugitives ou réminiscences des catastrophes universelles qui répercutent leur fracas jusqu'au bout du dernier matin. La sagesse surgit alors de sous le sens: «Si tu penses aux réponses / elles te dépassent / sans te choisir». Bousculé, l'auteur cherche et questionne au milieu de ce qu'il appelle son «charivavivre»; puisque «rien dans l'univers connu ne nous est destiné / en propre / il n'y a qu'à laisser aller à sa perte / une destination toujours mal définie». Attention, malgré cet aspect quelque peu fataliste, il ne s'agit pas d'un recueil noir, mais d'un texte conscient, aigu, regardant en face à la fois la déperdition et la présence amoureuse, l'autre et la solitude. Beau recueil, qui appelle à la méditation.

Éclats de voix

Très justement remarqué par une nomination au prix Émile-Nelligan pour son premier recueil Les oiseaux parlent au passé, François Guerrette publie son deuxième recueil, Panique chez les parlants, cet opus toujours risqué qui va dire un peu si les promesses sont tenues. Le talent de ce jeune auteur est indéniable, mais disons d'emblée que sa poésie est tout sauf facile. Guerrette poursuit sans faille cette poussée toujours intense du néo-surréalisme qui porte actuellement une large partie de la jeune poésie. Faut-il y voir un désir d'évasion par rapport à une réalité jugée terrible ou, au contraire, le moyen de laisser libre cours à un déferlement d'images torrentueuses et profondément noires comme reflet d'une certaine volonté d'étourdissement?

Quoi qu'il en soit, Guerrette nous propose, à travers des textes apparemment échevelés mais combien subtilement contrôlés, un maelström «à outrance [devant son] époque aux seins percés». Furieusement conscient des soubresauts de violence qui président à la vie actuelle, prenant acte du fourmillement des traces et des actes, car «au degré le plus vif la rage accélère / les longues déchirures des églises à [sa] tête». N'empêche que je ne peux pas ne pas me demander s'il n'y aurait pas quelque facilité à convoquer ainsi le tourbillon des images les plus incongrues, les rencontres les plus improbables dans un déferlement qui tourne quelque peu à vide. Seul le talent d'un poète comme celui de François Guerrette sait en contenir les débordements, mais souvent, hélas! ce jeu-là ne mène qu'à de l'esbroufe et du clinquant.

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Collaborateur du Devoir