Beaux livres - Profession : photoreporter

Retour sur images, le livre du photoreporter Jean Rey, s'ouvre sur une mise en scène: quelques carnets de notes, un stylo, un vieux Leica M2, une loupe, des planches-contact. En un mot, l'univers visible et immédiat du photoreporter, tel qu'on l'a longtemps imaginé.

Caméraman autant que reporter photographe, Jean Rey débarque au Québec en 1967, à l'occasion de la célèbre visite du général de Gaulle. Du Québec, il n'est reparti depuis qu'à l'occasion, comme pour mieux y revenir. Son premier séjour en Amérique française, il en a déjà traité mieux ailleurs, dans un livre intitulé 1967, le Québec entre deux mondes (400 Coups).

À 16 ans, à ses débuts, il est apprenti dans un laboratoire. Quand il dispose d'une minute, il part faire des photos. Il se faufile là où d'autres se heurtent à des portes closes. Le voici sur la Croisette, à Cannes, qui cadre un portrait de Marilyn Monroe, tout comme celui d'autres vedettes. Mais cette vie à traquer la lumière des étoiles ne dure qu'un temps.

Nous sommes à l'époque de la guerre d'Algérie. Rey doit revêtir l'uniforme. Ce ne sera pas dans une unité vouée à la photographie qu'il sera soldat, mais bien comme membre actif d'un commando. «Pendant ces mois, j'ai été témoin de scènes insupportables, de comportements minables. Plusieurs fois, j'ai songé à déserter, faire la grève de la faim ou me mutiler.» Il arrive bien à prendre quelques photos sous les drapeaux, mais rien qui ne traduise vraiment la condition de cette guerre qu'il évoque aujourd'hui.

Au sortir du champ de bataille, ce sera sa vraie entrée dans la profession de photographe et de caméraman. Des commandes lui permettent de réaliser, entre autres choses, des portraits de Joseph Kessel, de Salvador Dalí et de Brigitte Bardot.

Rey séjourne volontiers à l'étranger. Irlande, Israël, États-Unis, Indonésie, Chine, Cambodge, Salvador, Liban... À Londres, il cadre dans la rue un «bobby», le policier anglais, avec une vieille Anglaise à chapeau et son fume-cigarette.

À Saigon, au Vietnam, une image d'un jeune handicapé tenu doucement entre les bras d'une femme évoque un cliché célèbre d'Eugene Smith. Mais d'une page à l'autre de Retour sur images, on regrette que l'éditeur n'ait pas partagé avec Smith ce souci de bien calibrer le noir des images. Dans ce livre, tout est en effet trop gris, par manque de contraste.

Comme il le sait bien lui-même, Rey appartient à l'espèce devenue rare des photoreporters tout à fait libres, capables de partir sans crier gare aux quatre coins du globe.

Mais qu'est-ce qu'un photoreporter aujourd'hui? Cette question, Vincent Lavoie se la pose dans Photojournalisme, un livre paru à l'enseigne d'Hazan, une maison filiale de Hachette.

L'étiquette de «photojournalisme», montre l'auteur, renvoie en fait à plusieurs pratiques différentes. À travers les usages de la photographie de presse, on trouve plusieurs courants, dont celui d'un humanisme ou d'un formalisme esthétique, lesquels finissent parfois, malgré eux, par déposséder les sujets autant de leur histoire que de l'horreur dont ils sont les témoins. Mais hier comme aujourd'hui, la fortune de la photo demeure associée essentiellement à «la capture d'un moment emblématique», d'un «moment décisif», pour reprendre l'expression célèbre d'Henri Cartier-Bresson.