Bédé - Le Grand Prix de la critique honore la déconstruction

Le maître de la déconstruction est récompensé. L'Association des critiques et journalistes de bande dessinée (ACBD) vient de remettre son Grand Prix de la critique 2011, l'équivalent du prix Renaudot dans le domaine de la bédé, à l'artiste américain David Mazzucchelli pour son Asterios Polyp, publié cette année chez Casterman. Le caractère innovant de cette «biographie rêvée» a été souligné par le groupe de 74 journalistes, qui a choisi ce titre dans un bassin de 3827 nouveautés publiées dans l'espace francophone.

Roman graphique atypique, Asterios Polyp propose une incursion étonnante dans le demi-siècle d'existence d'un homme — architecte adulé sans construction à son actif — rythmée par le drame, la frustration, les amours déçues, les erreurs... Il confirme aussi, par ce récit non linéaire composé de bribes de vie, d'anecdotes ou encore de transcriptions en image, l'audace de Mazzucchelli, dont les trames narratives remettent en question page sur page le cadre formel du 9e art.

L'ancien illustrateur de superhéros du Rhode Island, aujourd'hui professeur de bande dessinée à l'École des arts visuels de New York, était en lice pour ce prestigieux prix avec quatre autres belles prises de l'année qui s'achève: Château de sable (Atrabile) de Frederik Peeters et Pierre Oscar Levy, Gaza 1956 (Futuropolis) de Joe Sacco, La Mort de Staline (Dargaud) de Thierry Robin et Fabien Nury et Page noire (Futuropolis) de Ralph Meyer, Frank Guiroud et Denis Lapière.

L'an dernier, le Grand Prix de la critique a été remis à une première oeuvre remarquable portant sur la condition humaine et la marchandisation des dogmes: Dieu en personne (Delcourt) de Marc-Antoine Mathieu.