Contes - Offrir les mots de Lanaudière

À cause de son fondateur Barthélemy Joliette (1789-1850), marié à la seigneuresse Marie-Charlotte de Lanaudière, la ville de Joliette, comme toute la région de Lanaudière, toutes deux appelées ainsi en leur honneur, a la réputation d'être un tantinet conservatrice. Barthélemy Joliette s'opposait à Papineau et aux Patriotes, mais une autre représentante de la caste seigneuriale de la contrée, Louise-Amélie Panet, tante d'un insurgé en exil, lançait: «Vive le peuple!»

Elle poussait ce cri révolutionnaire intérieurement, de crainte de scandaliser ceux qui s'exclamaient en même temps: «Vive la reine!» Ce fait, elle le confia, dans une lettre, à son neveu Guillaume Lévesque, réfugié en France à la suite des révoltes de 1837-1838. L'anthologiste Réjean Olivier a inséré le texte dans Contes, légendes et récits de Lanaudière, son vaste ouvrage illustré.

La région est la terre par excellence de la ceinture fléchée, symbole des Patriotes. L'une des localités, L'Assomption, a longtemps développé un style particulier dans le tissage de cette parure populaire.

Écrivain natif de l'endroit, Robert de Roquebrune (1889-1978) raconte, dans Testament de mon enfance, qu'il admirait au grenier les vieilles ceintures fléchées dont les «longues franges semblaient des chevelures, le produit d'un scalp, les sanglants trophées d'une victoire iroquoise» ou les témoins des aventures chez les Sioux d'un ancêtre qui avait fait le commerce des fourrures dans l'Ouest nord-américain. Ce récit parlant n'a pas échappé à Olivier, le connaisseur.

Comment résister au charme des souvenirs de Roquebrune qui, grâce à de «longs serpents de laine colorée», met nos «voyageurs» d'autrefois sur le même pied que Sindbad le marin, d'Artagnan ou les personnages de Jules Vernes? L'écrivain a ingénument compris que notre folklore débouche, sans apprêt, sur l'universel.

Quant à Marcel Dugas (1883-1947), poète et essayiste originaire de Saint-Jacques-de-l'Achigan, pourquoi douter qu'il partageât cette vision? Il raconte qu'enfant, pour ébahir sa grand-mère, il se déshabilla pour enrouler autour de son corps des ceintures fléchées, comme autant de bandelettes dignes d'une momie égyptienne. L'Afrique emmaillotée par l'Amérique à la croisée du Nil et de la rivière de l'Achigan!

Dugas descendait de réfugiés acadiens venus dans la région après la Déportation de 1755-1757. L'anthologie présente d'ailleurs une version lanaudoise de la légende immortalisée dans Évangéline, de Longfellow: Martin retrouve son Ursule dans la «Nouvelle Acadie», près de Joliette.

En lisant La Chasse-galerie, d'Honoré Beaugrand (1848-1906), né à Lanoraie, et Un charivari, de Léo-Paul Desrosiers (1896-1967), né à Berthier, on songe à la ceinture fléchée des Patriotes et des descendants d'exilés acadiens, ce serpent magique, méprisé à tort, qui serre le monde entier.

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Collaborateur du Devoir

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CONTES, LÉGENDES ET RÉCITS DE LANAUDIÈRE
Réjean Olivier
Éditions Trois-Pistoles
Notre-Dame-des-Neiges, 2010, 664 pages