Littérature française - Vian, ou l'art de brûler la chandelle par les deux bouts

Illustration du coffret Boris Vian dans La Pléiade<br />
Photo: Source Gallimard Illustration du coffret Boris Vian dans La Pléiade

«L'œuvre de Boris Vian surprend par sa richesse et sa diversité: elle n'est pas tant l'objet d'une méconnaissance avérée que d'une ignorance encore à peu près totale. Il est vrai qu'elle est continuellement réduite à quelques titres phares: L'Écume des jours, L'Arrache-cœur et Le Déserteur sont ceux qui reviennent le plus fréquemment, avec peut-être L'Herbe rouge et J'irai cracher sur vos tombes», écrit Marc Lapprand en introduction aux œuvres romanesques complètes de Vian. Qu'il ait écrit parfois sous pseudonyme, surtout celui de Vernon Sullivan, dix romans, une soixantaine de nouvelles, une trentaine de scénarios, trois recueils de poèmes, trois volumes de chroniques, dix pièces de théâtre, une demi-douzaine de livrets d'opéra, plus de 500 chansons, sans compter le reste, et ce en 20 ans à peine, s'est un peu perdu dans la surcharge.

Né à Paris en 1920 et mort en 1959, auteur, trompettiste (il disait trompinettiste), fou de modernité, ingénieur à ses heures, l'homme aura brûlé la chandelle par les deux bouts et laissé une oeuvre aux accents de jeunesse, qui fascine par-dessus tout un public adolescent.

Ici, outre les romans ayant passé le cap de la postérité (on peut ajouter aux titres précités Vercoquin et le plancton, Les Fourmis, L'Automne à Pékin, etc.), on a droit à des raretés, comme Conte de fées à l'usage des moyennes personnes, un écrit de jeunesse, ou Elles se rendent pas compte, sous le nom de Vernon Sullivan. Ses scénarios et nouvelles sont aussi dans le coffret, ainsi que ses textes pataphysiques. Ni chansons, ni pièces de théâtre, toutefois, lesquelles n'ont pas ici leur place.

Usage de néologismes, pièges tendus aux lecteurs qui créent l'ambiance d'étrangeté, celui qui hantait les caves de Saint-Germain-des-Prés fut célèbre de son vivant, pas nécessairement pour les bonnes raisons. Touche-à-tout, à l'instar de Cocteau, et critiqué comme tel. «Quand admettrez-vous qu'on puisse écrire aux Temps modernes et ne pas être existentialiste, aimer le canular et ne pas en faire tout le temps? Quand admettrez-vous la liberté? écrivit-il dans sa postface du livre Les morts ont tous la même peau. Mais ses oeuvres signées Boris Vian, plus sérieuses à ses yeux que ses romans sulfureux écrits sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, furent de son vivant moins populaires, ce qui le déçut beaucoup.

Belle occasion de tout se refarcir: de L'Herbe rouge aux Fourmis, de L'Écume des jours à L'Automne à Pékin, avec les écrits inconnus qui nous font découvrir encore d'autres aspects de cet incroyable homme-orchestre.