Réédition - Le mythe Mythologies

Quelle bonne idée que celle de republier en bel album les Mythologies de Roland Barthes, livre lui-même mythique de la sémiologie. Les célèbres capsules pondues pour vitupérer l'époque de l'après-guerre paraissent accompagnées d'une iconographie de ce temps, des extraits de journaux et de magazines, des photos de presse, des images de stars, des publicités, évidemment. Le tout en grand format, et merci.

Faut-il vraiment rappeler ce dont il s'agit? Les textes de ce recueil, qui a fait date et école, ont été écrits «chaque mois pendant environ deux ans, de 1954 à 1956, au gré de l'actualité». Objets, phénomènes, modes, tout y passe. La première analyse décortique la lutte («Le monde où l'on catche»). La dernière parle de Poujade et des intellectuels.

Entre les deux s'étalent une soixantaine de petits bijoux concernant les Martiens, le bifteck et les frites, la nouvelle Citroën, le Guide bleu ou le cerveau d'Einstein.

Pour mémoire, les admirateurs ont calculé les occurrences des sujets, avec au total huit mentions pour la consommation et autant pour le langage et la littérature, six pour les cultures et quatre pour les personnalités. L'alimentaire et les faits divers apparaissent quatre fois, la politique, trois et le sport, deux.

C'est donc tout le portrait d'un temps et d'un monde, le panorama polaroïd de la France, si près, si loin, que propose ce florilège d'essais. La mythologie en question (expliquée dans la seconde partie de l'ouvrage) est un système de communication et un message, un outil idéologique aussi, bref, c'est un signe qui participe à la propagation d'une vision du monde. Dans cet ensemble précis, le sémiologue tente de toucher au plus près la représentation projetée de la petite bourgeoisie contemporaine. «On se marie beaucoup dans notre univers illustré.»

En plus, c'est merveilleusement écrit, et ça se lit encore et toujours très agréablement. Maintenant, ça se regarde aussi très agréablement.