Beaux livres du 4 décembre 2010

En cette ère où on peut trimballer la Terre tout entière dans sa poche et où il nous est loisible de la survoler jusque dans ses moindres replis avec Google Earth — y compris depuis le sommet de l'Everest, où Internet est désormais accessible —, on peut s'interroger sur le bien-fondé de publier un énorme ouvrage qui ne dévoile que des cartes du monde. De vieilles cartes obsolètes et totalement inutilisables de surcroît.

Et pourtant, bien-fondé il y a. En fait, Villes du monde - Les cartes à travers l'histoire (Michael Swift, Géo Histoire/Prisma, Paris, 2010, 256 pages) ne traite pas de cartes ordinaires, mais bien de cartes historiques, souvent fabuleuses, jamais fallacieuses, véritables représentations du monde tel qu'il était à différentes époques, à travers les siècles.

Dans presque tous les cas, ces cartes tiennent lieu de surprenants instantanés des cités de jadis, tantôt en dévoilant quelques-unes de leurs principales icônes — le phare d'Alexandrie, le palais de Topkapi de Constantinople, le temple de Salomon de Jérusalem —, tantôt en nous permettant d'effectuer de jouissives incursions panoramiques, comme avec cette superbe carte de Boston tavelée d'ombres de nuages, en 1873, ou celle du Havre, fichtrement bien rendue avec sa baie, au XIXe siècle.

Car il fut un temps où on se plaisait à tracer les cartes en trois dimensions, avec moult détails sur des avenues illustrées en perspective, avec force descriptions de tel château, de tel obélisque, de telle fortification, presque toujours présente dans les cités anciennes d'envergure, pour des raisons évidentes de protection contre l'ennemi.

Chacune des 50 villes recensées — dont Montréal et Québec — comporte une image satellite contemporaine de même que deux ou trois cartes additionnelles, brièvement commentées, qui montrent l'évolution des trames urbaines à travers les âges, ainsi que l'incroyable expansion de leurs limites, depuis la révolution industrielle. Et le tout permet indubitablement de vivre un fort instructif périple dans le temps et l'histoire.

Gary Lawrence


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HLM de rêve

Avec «Un souffle bohème» bombardé en guise de sous-titre, ces Maisons nomades (188 pages) sont les HLM (habitations à libertés modulables) d'hier, d'aujourd'hui et de demain. Et nous sommes aux éditions de La Martinière, où le concept de beau livre est une habitude. Car si l'architecture modulable et l'habitat mobile nous semblent sur papier et sur image d'un genre nouveau, c'est depuis les années 20 que ces concepts existent.

Tandis que l'Europe commençait à peine à imaginer des villages se promenant, les États-Unis se construisaient quelquefois en villages de mobile homes. Forces d'attraction des travailleurs de somme... Intérieurs plus pratiques qu'esthétiques. Hier, la mobilité architecturale était d'ordre pratique; aujourd'hui, elle l'est encore, mais l'esthétique extérieure et intérieure est plus présente. Les matériaux, les sources d'alimentation énergétique de la maison (solaire et éolien) font le reste.

On est en yourte ou en barge, on est perché dans les arbres, en architecture gonflable, sur roulettes ou en tente fermière... En parcourant attentivement ce beau livre, on se dit que l'auteur s'y connaît en la matière. Odile Alleguede est ingénieure et journaliste. Ses champs de prédilection sont l'écologie, l'architecture et l'habitat.

On est en roulotte à la page 30, sur l'eau à la page 150... En Asie, aux États-Unis, en Europe. Traditions, modernismes hallucinants, prises de risques, solitudes organisées, manières de vivre. Avec ce bouquin, on a envie d'être un oiseau migrateur dans une maison transportable. C'est fait d'abord pour nous inspirer et nous rendre un peu plus connaisseurs du grand art en mouvance.


Lio Kiefer