La dimension militaire de la Crise d'octobre

La délicate question de l'implication de l'armée en réponse au problème que posait le FLQ au gouvernement du Québec demeure un aspect méconnu de la Crise d'octobre. Or ces opérations constituèrent le plus important déploiement survenu au Canada en situation de paix. Jacques Castonguay, ancien officier de l'aviation canadienne, ex-recteur du Collège militaire royal de Saint-Jean et auteur de nombreux ouvrages d'histoire et de psychologie, les dévoile pour la première fois à partir de dossiers rendus publics de la Défense nationale.

Castonguay rappelle avec justesse que Robert Bourassa demanda l'intervention des Forces armées en invoquant la Loi sur l'aide au pouvoir civil, dont les dernières dispositions dataient du 17 juin 1944. Celles-ci stipulaient que «le ministre de la Justice [d'une province pouvait] faire appel lui-même au ministre de la Défense pour obtenir des troupes lorsque la police fédérale ou provinciale se trouvait incapable de remplir une de ses obligations». La présence de l'armée au Québec ne résulta donc pas de la proclamation de la Loi sur les mesures de guerre par Pierre Elliott Trudeau, alors premier ministre du Canada, mais du recours à cette procédure ancienne de plus de 25 ans.

L'ouvrage présente clairement le contexte social et s'en tient aux faits d'ordre militaire. La plus ambitieuse des opérations armées débuta le 15 octobre 1970, peu après les disparitions de James Richard Cross et de Pierre Laporte. Les documents de l'opération Essay précisent que le 5e Groupement de combat accomplit des tâches de recherche d'individus et d'explosifs, d'encerclement et de garde autour de Montréal et de Québec. Conformément à la Loi sur la défense nationale, les 4800 militaires venus en appui à la Sûreté du Québec et aux autres corps policiers reçurent «le statut d'agents de la paix».

Castonguay démontre que l'ensemble des opérations se déroula sans heurts, depuis l'arrivée discrète des troupes au camp Bouchard de Sainte-Thérèse, entre le 7 et le 9 octobre (opération Night Hawk), jusqu'au départ vers Cuba d'une poignée de felquistes au début de décembre (opération Ragoût) et au retrait des forces, à compter du 5 janvier 1971 (opération Albatros). Aucun incident n'est survenu entre militaires et civils, mais on déplora la mort accidentelle d'un soldat. Somme toute, conclut l'auteur, la présence militaire rassura la population.

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Collaborateur du Devoir

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Les opérations de l'armée et la crise d'Octobre
Jacques Castonguay
Éditions Carte blanche
Montréal, 2010, 142 pages