Littérature québécoise - Pastiches japonais

Voici dix courtes histoires au «regard profond», teintées de philosophie bouddhiste, de leçons de vie en forme de paraboles, d'un peu de mystère et de passages surnaturels. Des personnages solitaires, souvent japonais, y promènent leur spleen étrange dans les rues de Tokyo ou de Québec.

Si le style est emprunté, le pastiche est néanmoins sérieux. Les amateurs de littérature japonaise contemporaine pourront difficilement s'empêcher de penser à Haruki Murakami, avec son surréalisme léger, ses personnages esseulés en quête de sens et d'identité. C'est le principal défaut de La Pureté, de Vincent Thibault. Mais c'est aussi, paradoxalement, l'une de ses plus grandes qualités. On pourra, selon chacun, apprécier l'art derrière cet artifice ou y être allergique.

Ici, un vieil homme renaît au contact d'un orgue électrique. Là, un Japonais en visite à Bruxelles s'amourache d'un mannequin de plastique dans la vitrine d'une boutique de vêtements de luxe, allant jusqu'à croire que son regard lui a donné vie et qu'il la croise plus tard à Tokyo.

Plus loin, c'est une soirée dans un bar de Tokyo en compagnie de jeunes Québécois «qui doutent et qui espèrent». Un homme découvre dans sa boîte de céréales un «énorme» grain noir qui lui empoisonne la vie: une tige émergera du drain de l'évier où il l'avait jeté, puis des racines, ensuite une fleur. Hors de lui, découragé, il finit par accepter ce qu'il ne comprend pas et retourne à l'essentiel: son bol de céréales du matin. «Le coeur humain a parfois une curieuse façon de s'emplir à la fois de désespoir et de bonheur.»

Une rencontre mystérieuse dans la tour Martello de la rue Lavigueur, à Québec, entre une jeune femme et un étudiant japonais. Dans un texte un peu plus long que les autres, intitulé Le Promeneur, un moine bouddhiste japonais découvre un adolescent pendu dans un boisé de Québec et offre tout son soutien aux parents inconsolables du garçon.

Vincent Thibault, dont La Pureté est le sixième livre (après des nouvelles et quelques ouvrages de spiritualité), consacre son temps, nous apprend sa biographie, «au travail spirituel et à l'écriture». Il émane de cette discipline une très belle unité, qui allie une maîtrise parfaite de la forme à des histoires qui débordent de douceur et d'empathie.

L'écriture est très conforme, toutefois, et nous donne souvent l'impression de lire une traduction policée. Mais le style, tout en délicatesse, posé et attentif, est en quelque sorte un reflet du propos.

Une invitation à se poser un instant et à «percevoir tout le cosmos dans un grain de sable».

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Collaborateur du Devoir

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La pureté
Vincent Thibault
Septentrion, coll. «Hamac»
Québec, 2010, 152 pages