Les lois du goulag - Perrine Leblanc

Perrine Leblanc<br />
Photo: Alain Lefort Perrine Leblanc

C'est l'histoire de Kolia. Une histoire qui s'étale de 1937 à 1995, dans la Russie de tous les bouleversements. L'histoire d'un garçon né sans le mériter dans les camps sibériens, qui poussera là, comme il peut, dans la dureté du goulag. Et qui sera plus tard, quasi dans une autre vie, à Moscou, auguste, clown prestidigitateur, «l'homme blanc» du titre du premier roman de Perrine Leblanc, qui fait entrer cette dernière dans le monde littéraire d'ici.

C'est un monde d'hommes ravagés, survivants, que construit Perrine Leblanc dans L'Homme blanc. Un monde étoilé autour de Kolia, au visage enlaidi de souffrance, qui s'imagine encore plus laid qu'il ne l'est. Tout L'Homme blanc, confie Perrine Leblanc, lui est tombé dessus lors d'un voyage à Bucarest, alors qu'elle observait un gentleman cambrioleur et amuseur public à l'oeuvre. Dès le début du livre, elle nous y traîne. «Dans la Zona il dirait aux autres prisonniers: J'ai volé pour la première fois à l'âge où les enfants apprennent à lire. C'était sa façon de résumer les premiers temps de son art.»

Cardamome et larcins


Kolia, enfant du goulag qui survit plus qu'il ne grandit, devient le protégé de Iossif. Un homme qui lui apprend à lire et le russe et le français. Qui lui enseigne les règles du goulag, cet implacable «code du zek»: comment manger moins que sa faim pour habituer le corps; comment échapper aux caïds; comment se garder une flamme en accordant dans sa tête des verbes; et comment sauver, carrément, son cul. Car «la mission de l'homme-machine, c'est de marcher vers le communisme, la liberté par l'éducation et le travail». Pas de place pour la chaleur ni pour le coeur. Quand Iossif disparaît, sans explications, Kolia perd ce qui, peut-être, ressemble le plus à une famille. Ne lui reste comme plaisir que le thé très fort à la cardamome. Et les larcins pickpocketés, seule liberté. «C'était moins l'objet volé qui comptait que le geste lui-même, ou sa beauté, lit-on. Un vol réussi est une victoire sur l'ordre établi par d'autres, un carré parfait.»

Perrine Leblanc donne au Devoir sa toute première entrevue d'auteure. «J'apprends mon métier, admet-elle, un peu nerveuse, en début d'entretien. J'avais envie d'être dépaysée dans l'écriture, de parler d'autres choses, et le masculin est dépaysant. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il faut écrire contre soi, explique Leblanc, mais pour entendre ma voix romanesque, j'avais besoin d'être ailleurs.» Quoi de plus lointain que la Russie, qui la fascine depuis l'adolescence. À cause d'un homme, dit-elle, pas un amour, mais «une fascination de groupie adolescente qui s'est transformée, Thanks God! en passion pour la culture russe. J'ai appris le cyrillique, j'ai mon Assimil», raconte Leblanc, qui a partagé cette passion avec son père, collectionneur de vieilles revues soviétiques. «J'ai tout perdu, il ne faut pas me tester, mais je garde espoir de parler un jour russe.»

Si les réponses de la jeune auteure de 30 ans sont assurées, elle accuse les questions en fermant les paupières une seconde de trop, cligne des yeux et ses longs cils, sans s'en rendre compte, quand elle pèse ses réponses. «L'Homme blanc, c'est un récit de vie. Fictif. Le récit d'une amitié très forte entre deux hommes. L'un des deux disparaît rapidement, mais Kolia se construit, devient un homme aussi dans l'absence de Iossif. C'est une amitié inachevée. J'allais dire "incomplète", mais non. Inachevée.» Leblanc vient de recevoir, il y a deux semaines, le Grand Prix du livre de Montréal, car le jury a aimé «l'écriture sans concessions», ce «roman d'un siècle de souffrances et le récit d'une quête poignante de la vérité».

Laid et dur


«Ce sont les auteurs que j'admire qui m'ont donné envie d'écrire», dit celle qui oeuvre aussi dans l'ombre des livres, depuis 2007, au service des manuscrits des éditions Leméac. Le goût lui vient surtout d'auteurs français contemporains: Pascal Quignard, Jean Echenoz, Robert Millet, «pour ses romans surtout, et Le Goût des femmes laides, pas pour ses essais», Nancy Huston, Pierre Michon, essentiellement «des stylistes, des voix fortes, des langues extraordinaires». Et aussi L'Homme qui rit, de Victor Hugo. Elle a une fascination pour les «personnages affligés, les laids». Kolia est serti de cette hypnotisante laideur, cette trace. «Il traîna avec lui dans le monde libre, lit-on, l'odeur du camp et des morts qui se découvraient au printemps. Cette odeur reste en mémoire et sur soi. Les corps qui revenaient du bagne étaient indécrottables.» Cette imprégnation, Robert Antelme l'a vécue et dite, au retour des camps de la Seconde Guerre mondiale, dans L'Espèce humaine (Gallimard): «Nous voulions parler, être entendus enfin. On nous dit que notre apparence était assez éloquente à elle seule.»

L'Homme blanc n'est pas un roman historique, précise Leblanc. Elle a inventé d'abord la vie de Kolia, avant de se plonger dans la recherche, de se nourrir sur cette Russie qu'elle n'a jamais visitée, faute de kopeks. «Les éléments historiques ne sont là que pour nous situer.» La retenue de la narration, comme la retenue de Kolia devant sa vie même, cette mise à distance, rare dans un premier roman, pourquoi? «Ce qui est décrit et raconté — parce qu'on est dans du story telling — est très fort: le goulag, la prison, l'URSS, les drames personnels... Il fallait une langue plus neutre pour pas qu'il y ait surenchère. On observe, on voit, on sent, et ça se traduit en langage romanesque.»

Et cette dureté des thèmes, cette violence? Silence, encore, papillonnements des cils sur le regard qui cherche ses mots. «Je ne veux pas aller dans mon histoire personnelle, mais j'en ai fait l'expérience. C'est dans le prochain roman aussi. Il va toujours y avoir cette dureté-là. Ça fait partie de moi, dit Leblanc, sans provocation ni apitoiement, c'est mon rapport au monde. Je n'avais pas de difficulté à m'imaginer les scènes les plus dures», ces batailles entre gardiens du goulag et prisonniers, ces passages à tabac, ce froid affectif, ces dents qui tombent sous les coups, «mais à les écrire, oui. Mais à partir du moment où tu décides de parler du goulag, t'as pas le choix»...

Kolia, dans le monde du cirque, où il connaît le succès, accède presque à la lumière. Presque, car la boucle le ramène, encore, à la boue de la violence. Et le prochain livre, en cours d'écriture, qui donne la voix à des femmes assassinées par le même meurtrier, ne laissera à Perrine Leblanc pas le choix de la douceur, semble-t-il. Le récit l'impose, dirait-elle.

***

L'homme blanc
Perrine Leblanc
Éditions Le Quartanier
Montréal, 2010, 184 pages
3 commentaires
  • Julien Blackburn - Inscrit 27 novembre 2010 08 h 30

    Embarassant

    Je n'ai véritablement aucune prétention en matière d'orthographe ou de style mais cet article est vraiment mal écrit. Embarassant pour une critique littéraire...les premières phrases sont vraiment pénibles à lire.
    Même la phrase anglaise est accompagnée d'une faute "thankS God". alors qu'il faut écrire "Thank God".
    En passant, je suis Québecois mais j'ai effectué mes études secondaires en France.
    Dommage cela ne donne pas envie de lire ce livre.

  • Marie-Francine Bienvenue - Abonné 27 novembre 2010 10 h 26

    bel article

    je ne suis pas d'accord avec M. Blackburn, j'aime le style de cet article.

  • Pinto Claudio - Inscrit 11 janvier 2011 00 h 47

    réaction

    Je suis certain que Catherine Lalonde sait écrire, mais cet article n'est certainement pas son meilleur. Comme dit M. Blackburn, cette critique-entretien ne donne pas envie de lire le livre.