Les prix littéraires Archambault s'ouvrent dans la controverse

Les auteurs Marc Séguin, Martin Michaud, Marie-Renée Lavoie, Guy Martin, Geneviève Lefebvre et Bïa Krieger sont parmi les finalistes aux Grands Prix littéraires Archambault.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Les auteurs Marc Séguin, Martin Michaud, Marie-Renée Lavoie, Guy Martin, Geneviève Lefebvre et Bïa Krieger sont parmi les finalistes aux Grands Prix littéraires Archambault.

Les noms des finalistes des 11es Grands Prix littéraires Archambault, maillon de Quebecor, ont été dévoilés hier. L'auteur Gil Courtemanche, en se retirant par solidarité envers les lockoutés du Journal de Montréal, a jeté les prix dans la controverse.

Gil Courtemanche déclarait mardi par communiqué que «l'attitude de Pierre Karl Péladeau dans [le conflit du Journal de Montréal] est caractérisée par le mépris, l'arrogance et la poursuite effrénée du profit». Archambault, en réponse à la demande de l'auteur, a retiré hier matin Je ne veux pas mourir seul (Boréal) de la course. Dix-huit titres sont toujours en nomination pour le Prix du public et le Prix de la relève.

Martine Desjardins, en lice avec Maleficium (Alto), ne ressent pas de malaise à rester dans la course au Prix du public. «Il faut choisir ses combats et je choisis celui de la littérature québécoise. Je suis solidaire des jeunes auteurs plus que des journalistes syndiqués.» Les bourses de 10 000 $, comme le rappelait la «mère indigne» Caroline Allard, porte-parole des prix Archambault, «font dans la vie de 99,9 % des auteurs une grosse différence: celle entre publier cette année ou dans quatre ans; entre vivre ou tirer le diable par la queue».

Si l'on ne tient pas compte de Kim Thúy, à Ottawa pour recevoir le Prix du Gouverneur général, et de la regrettée Nelly Arcan, dont Paradis clef en main (Coups de tête) poursuit sa course, trois auteurs seulement, sur les onze titres en nomination pour le Prix du public, étaient présents à la conférence de presse hier. Une réaction à l'appel de Courtemanche, qui espérait voir d'autres finalistes poser le même geste?

La bourse ou le boycottage?

Dans la course au Prix du public restent Dérives (Leméac) de Biz; La Canicule des pauvres (Herbes rouges) de Jean-Simon Desrochers; Mon vieux (Hurtubise) de Pierre Gagnon; L'Énigme du retour (Boréal) de Dany Laferrière; deux tomes de La Faim de la Terre (Alire) de Jean-Jacques Pelletier, Hell.com (Alire) de Patrick Senécal, Dans sa bulle (Marchand de feuilles) de Suzanne Myre et La Petite et le Vieux (XYZ) de Marie-Renée Lavoie, en lice sur les deux fronts, comme le Ru (Libre Expression) de Thúy.

Côté relève, on trouve Isabelle Berrubey pour Les Seigneurs de Mornepierre (VLB); Françoise Bouffière pour La Louée (Septentrion); Bïa Krieger pour Les Révolutions de Marina (Boréal); Geneviève Lefebvre pour Je compte les morts (Libre Expression); Martin Michaud pour Il ne faut pas parler dans l'ascenseur (Goélette); Guy Mouton pour Confidences en trompe-l'oeil (Québec Amérique) et l'artiste visuel Marc Séguin pour La Foi du braconnier (Leméac).

La blogosphère littéraire continue à débattre du coup de Courtemanche. Certains, tels Stanley Péan, président de l'Union des écrivains et des écrivaines québécois, saluent le geste. D'autres estiment que Courtemanche accule les jeunes auteurs, dans des situations sociale et financière précaires, à prendre position.

Stéphane Dompierre a remporté en 2005 le Prix de la relève Archambault avec Un petit pas pour l'homme (Québec Amérique). Il ressent un malaise dans l'appel au boycottage. «Le retrait de Courtemanche a du poids parce que Courtemanche a du poids: si un des jeunes de la relève se retirait, on n'en aurait jamais entendu parler. Il faut se demander jusqu'où on étire la convergence. Archambault n'est pas Le Journal de Montréal. Est-ce qu'on va se mettre à arrêter d'aller au Festival international de la poésie de Trois-Rivières parce que Quebecor est commanditaire?», demande l'auteur.

Les noms des lauréats seront révélés en avril 2011.
8 commentaires
  • Caroline Moreno - Inscrit 25 novembre 2010 06 h 40

    PERDRE DES PLUMES

    C'est une occasion de faire preuve de SOLIDARITÉ envers des employés sans travail lesquels aspirent, eux aussi, à vivre de leur plume.

  • Gilles Delisle - Abonné 25 novembre 2010 08 h 48

    Courtemanche: libre penseur et homme engagé.

    Peu d'hommes et de femmes seraient capables de se lever et de refuser un tel prix de l'arrogant empire Péladeau. On ne trouve pas facilement d'hommes et de femmes engagés, au prix d' être mis hors circuit de cet empire dans les domaines culturel, journalistique ou télévisuel. Ce n'est certes pas dans les milieux politiques actuels que vous trouverez ce genre de personnage! Alors, je salue cet homme de parole et de courage, cet homme libre, que je vais continuer à lire assidûment!
    Gilles Delisle

  • jean-yves handfield - Inscrit 25 novembre 2010 09 h 57

    RECONFORTANT...!

    Encore une fois Gilles COURTEMANCHE démontre toute la profondeur qui l'habite. Journaliste ( non journaleux) , écrivain à la sensibilité qui témoigne du plus facinant coté de l'humain: l'intelligence du respect total de ses semblables. Espérons qu'il nous écrivent encore longtemps. Modèle à être enseigner.
    Jean-Yves HANDFIELD

  • Renaud Blais - Inscrit 25 novembre 2010 11 h 02

    Debout les braves

    Je salue très haut le geste conséquent de Gilles Courtemanche.
    Si, au nom de la convergence, l'oligarchie financière peut laisser crever des gens, pourquoi les libres penseurs ne pourraient pas noter les méfaits de cette convergence méprisante ?
    Renaud Blais
    Québec

  • Jude-Jean - Abonné 25 novembre 2010 11 h 07

    BRAVO À GILLES COURTEMANCHE !

    Je vous salue Monsieur Courtemanche !

    À cette triste époque que nous vivons, où le "chacun pour soi" nous est présenté comme étant une vertu, on ne peut qu'espérer que de tels gestes de solidarité se multiplient.

    Bravo !

    André Hamel
    compositeur