Littérature québécoise - Les faits saillants d'une saison léthargique

Le hockey est au coeur du premier roman de Patrick Roy.<br />
Photo: Julie Artacho Le hockey est au coeur du premier roman de Patrick Roy.

Avec un nom comme celui-là, on se demande si c'est le hasard ou la nécessité qui ont placé le hockey au cœur de son premier roman. Patrick Roy, né en 1977 à Danville en Estrie, livre avec La ballade de Nicolas Jones une fiction introspective et «bluesée» qui fait la part belle aux rues de Québec, tout en explorant le mal de vivre de l'homme québécois contemporain.

Lorsqu'il n'est pas en train de dormir, chacune de ses respirations vient rappeler à Nicolas Jones qu'une barre de fer lui comprime la poitrine. Dépressif, amer, meurtri, «normalement constitué, né pour aimer le hockey». Il aimerait bien semer une fois pour toutes le fantôme des regrets et des vieilles humiliations, mais il traîne comme un boulet «la ribambelle cinglante des années passées». Malgré sa jeunesse, Jones a déjà tout de l'aquoiboniste aguerri.

Dans sa dérive, revisitant son histoire familiale et amoureuse, occupé à ne rien faire et à défaire «la tresse tragique des secondes», il s'attache à l'un des piliers du bar qu'il fréquente, Roger Allard, 60 ans, divorcé, père d'une grande fille de l'âge de Jones avec laquelle il n'a plus que de maigres contacts. Pur produit «de la race des malléables et des taiseux», l'homme brisé est une sorte de double virtuel de l'antihéros de Patrick Roy, en mode futur antérieur, avec «sa rage sans tonus» et son mauvais pointage en presque toutes choses.

Ils perdent, ils le savent, mais refusent d'abandonner la partie. Beaux joueurs. «J'aurais beau inventer, c'est toujours aux mêmes manques que la page me ramène, filles, frères, fantômes, du fond de ma tranchée, sous les images qui s'amoncellent, toujours aux mêmes bogues que je reviens, détails que le recul magnifie, petits mythes personnels, témoin tous ceux qui, de près ou de loin, me viennent de l'hiver.»

Le hockey comme un dérivatif aux défaites intimes? C'est une piste que deux ou trois analystes de salon pourraient emprunter. Pour ces hommes que le silence enveloppe, le hockey, à travers les hauts et les bas d'un Carey Price, offre un motif, un langage commun. Il fournit l'occasion d'un échange véritable et d'instants furtifs de tendresse.

«On» gagne aussi parfois, même si «on», en réalité, exclut presque toujours celui qui parle. Peu importe: l'illusion survivra jusqu'au lendemain matin. Nicolas Jones, lui, aussi léthargique soit-il, reste confiant de pouvoir encore rebondir.

Bien servi par la plume forte et intimiste de Patrick Roy (ailleurs on parlerait d'un beau coup de patin), La ballade de Nicolas Jones est un roman original et envoûtant.

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La ballade de Nicolas Jones
Patrick Roy
Le Quartanier
Montréal, 2010, 232 pages