Sondage Senergis - Le Devoir - La lecture passe avant le cinéma et le théâtre

Soit, le Québécois moyen n'est pas un bibliophile, mais le livre, sous toutes ses formes, occupe tout de même une place de choix dans ses loisirs.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Soit, le Québécois moyen n'est pas un bibliophile, mais le livre, sous toutes ses formes, occupe tout de même une place de choix dans ses loisirs.

Même si 34 % des Québécois n'ont pas ouvert un seul livre au cours de l'année, la lecture demeure l'un des loisirs les plus fréquents au Québec, devançant le cinéma, le théâtre et même...l'écoute d'un match de hockey à la télé.

Tel est du moins le portrait général tracé par un sondage sur les habitudes de lecture et l'achat de livres, réalisé par Senergis pour Le Devoir, auprès de 1000 personnes entre le 14 et le 17 novembre.

Si on peut se désoler que le tiers des Québécois lèvent encore le nez sur les livres, au moins les deux tiers d'entre eux déclarent avoir lu au moins un livre, toutes catégories confondues, et 54 % avoir lu un roman ou un essai, au cours de la dernière année. En plein Salon du livre de Montréal, pareilles données ont de quoi jeter un froid sur le milieu du livre.

Mais selon Daniel Lemieux, associé de la maison de sondage Senergis, une analyse plus approfondie des données révèle une réalité intéressante.

Parmi les lecteurs, au moins le quart ont lu jusqu'à six livres pendant l'année, et 40 % ont dévoré sept bouquins ou plus au cours des 12 dernière mois. Les chiffres démontrent que ces lecteurs assidus font remonter la moyenne générale du taux de lecteurs au Québec, ce qui déforme un peu la réalité.

En clair, 34 % des gens n'ont lu aucun livre, 5 % un ou deux livres, 10 %, 3 à 4, 10 %, 5 à 6, 19 % 7 à 12, et 21 % plus de 13 livres par année. Les plus gros lecteurs sont les femmes, les personnes âgées de 35 à 54 ans et les personnes les plus scolarisées. Pas moins de 75 % des femmes interrogées sont des lectrices, mais seulement 54 % des hommes.

«Une minorité lit beaucoup ce qui fait gonfler la moyenne générale. En fait, la médiane est un meilleur indicateur des vraies habitudes de lecture des Québecois», explique M. Lemieux. Et cette médiane, elle se situe à cinq livres lus par année par Québécois.

Le sondage souligne par ailleurs que 46 % des livres parcourus par les Québécois n'étaient ni des romans ni des essais. Un gros bassin de lecteur ne se passionne donc pas pour la littérature et jette plutôt son dévolu sur les livres pratiques, les guides et les albums.

Soit, le Québécois moyen n'est pas un bibliophile, mais le livre, sous toutes ses formes, occupe tout de même une place de choix dans ses loisirs.

À preuve, la lecture n'est déclassée que par le visionnement de documentaires à la télévision (87 %) parmi les activités de loisirs les plus courantes. Le croiriez-vous? À l'heure d'Internet, la lecture du livre papier inventé par Gutenberg surpasse encore une visite en librairie (66 %), une sortie au cinéma (61 %), regarder un match de hockey à la télé (60 %), une visite à la bibliothèque (49 %) et une soirée au théâtre (26 %), parmi les activités les plus souvent réalisées au cours de la dernière année.

Achat de livre


Pour ce qui est des habitudes de consommation, les Québécois sont encore nombreux à se rendre en librairies pour acheter des livres. Malgré la montée en flèche des librairies en ligne, la majorité des personnes interrogées préfèrent se rendre dans une chaîne de librairies pour acheter leurs bouquins. De façon surprenante, seulement 5 % des répondants fréquentent des sites comme Amazon.com pour grossir leurs bibliothèques. «Ces résultats détonnent tout à fait avec ce qui se passe sur le marché anglophone où les résultats seraient au moins deux fois plus élevés», soutient Daniel Lemieux.

Après les grandes chaînes comme Renaud-Bray, Archambault ou Chapters (40 %), les librairies indépendantes (25 %) sont encore l'endroit où les Québécois préfèrent acheter leurs bouquins préférés, suivis par les grandes surfaces comme Costco ou Wal-Mart (21 %) et finalement par les libraires de livres usagés (4 %).

Preuve que les Di Stasio, Faita, Ricardo et autres cuistots ont la cote, 36 % des Québécois ont acheté un livre de cuisine au cours de la dernière année et 51% ont offert un livre en cadeau.

Les gens semblent d'ailleurs préférer acheter un bouquin plutôt que de l'emprunter à une bibliothèque ou un ami, puisque 54 % ont acheté un livre en librairie au cours des 12 derniers mois, 32 % l'ont emprunté pour eux-mêmes ou pour quelqu'un d'autre (22 %) à une bibliothèque et seulement 37 % ont emprunté un bouquin à un ami.

Enfin, 45 % des Québécois sondés souhaiteraient que l'enseignement de la littérature occupe une place plus importante à l'école et les données du sondage révèlent qu'ils n'ont pas tout à fait tort de penser ainsi puisque seulement 5 % des personnes qui avaient lu un livre au cours de la dernière année ont été capables de nommer Michel Houellebecq comme le gagnant du Goncourt 2010. 

«Les gens ont plus de facilité à nommer qui est l'interprète masculin de l'année à l'ADISQ que l'écrivain qui a remporté le dernier Goncourt», constate Daniel Lemieux, porte-parole de la maison de sondage Senergis.
3 commentaires
  • 93Licar - Inscrite 19 novembre 2010 11 h 17

    Le nom du gagnant du Goncourt, et puis après?

    Ne pas savoir qui est le gagnant du Goncourt 2010 n'indique en rien que l'on est un ignare.

    Les gagnants des concours littéraires français, qui se voient décerner ces prix, après d'âpres luttes et moult ronds de jambes entre éditeurs, entrent dans le monde littéraire mais ne sont pas tous porteurs de littérature.

    Je trouve ce commentaire tout à fait snob, comme si l'appréciation, l'amour et la connaissance de la littérature passait par la connaissances des gagnants de concours!

    Je ne connais pas le nom des gagnants de l'ADISQ et pourtant, j'aime la musique!

  • Stéphane Laporte - Abonné 19 novembre 2010 12 h 50

    bizarre

    Les résultats de votre sondage ne correspondent pas du tout avec les statistiques sur l'analphabétisme au Québec qui disent que 49% des Québécois sont analphabètes.

  • Georges Hubert - Inscrit 19 novembre 2010 16 h 20

    Misère !

    Ce qui est inquiétant dans ce sondage est la disparité ... Plus de la moitié qui a lu .. et un tiers qui ne lit jamais ... j'espère seulement que ce tiers écoute. Mais les médias électroniques .. même de bonne qualité, ne remplaceront jamais un texte suivi .. un essai bien documenté .. un ouvrage fondé sur une recherche solide ou même un roman solide et signifiant. Je ne parle même pas de poésie ... qui est le sommet de la littérature même si elle peut se trouver dans un livre de cuisine ...
    Ce qui me taraude est la disparité intellectuelle de notre société. La constitution d'une classe informée et un lumpen proletariat de la culture.
    Mais le système est ce qu'il est ... à l'image de la société. Un commentateur de hockey ou un leveur de fonds pour parti politique (fédéral) a plus de chance d'être nommé au Sénat que le plus grand écrivain de notre société...
    Misère !