Polars - Derniers tours de piste?

La plupart des auteurs de polars tissent leur toile à partir d'un personnage central, la plupart du temps un commissaire, un inspecteur ou un «privé» qui revient périodiquement vivre une autre nouvelle enquête devant nous. Les avantages de procéder ainsi sont multiples. Ils permettent de mieux creuser ledit personnage central en dévoilant chaque fois des couches successives de sa personnalité et de ses habitudes, une enquête en révélant chaque fois plus que la précédente sur les façons de penser comme sur les diverses manies du héros. Mais il y a surtout le fait que ce personnage-référence donne aussi l'occasion de tracer un portrait de société beaucoup plus global à la douzième enquête qu'à la première.

Dans Le Dernier Hiver, que l'on nous présente déjà comme la dernière aventure du commissaire Winter en quatrième de couverture — c'est en fait la neuvième traduite en français chez Lattès —, on pourra une fois de plus vérifier les avantages de la série. L'histoire plonge ses racines autant dans le quartier central de Göteborg qu'habite Winter que dans les palaces que la bourgeoisie suédoise s'est fait construire en Espagne.

Winter est ici tout aussi Winter que d'habitude... Surtout qu'on le connaît depuis une dizaine d'années, qu'on l'a vu travailler, construire son équipe, résoudre des histoires impossibles, se marier, avoir des enfants, attraper d'autres criminels encore, prendre des vacances sur la Costa del Sol lui aussi et porter un regard critique sur le monde dans lequel il vit comme nous. On trouvera la même chose ici: la même écriture dense, concentrique, presque à la Philip Roth, incisive parfois; le même souci du détail et les mêmes dons d'observation. Mais en plus marqué... peut-être parce que l'on se dit que c'est «le dernier Winter»...

Loin de Göteborg, plus précisément à Trieste, cette ville-frontière millénaire située au fin fond de l'Adriatique, le commissaire Laurenti — c'est sa cinquième enquête traduite en français — voit resurgir le mafieux Viktor Drakic, qui contrôle maintenant tous les trafics passant par le port: drogue, contrebande, prostitution, espionnage industriel et travail clandestin.

Peu à peu, Laurenti et son improbable équipe découvriront que Drakic, qui s'est officiellement reconverti en homme d'affaires prospère en Serbie et en Slovénie, a aussi mis la main sur l'industrie du «recyclage» des déchets et sur la construction de routes... Mais il y a surtout que le mafieux a décidé de se débarrasser pour de bon de Laurenti en mettant un contrat sur sa tête: il sera exécuté (le contrat ou le commissaire?) en pleines vendanges, sur les collines derrière la ville.

C'est la richesse de ses personnages — et l'originalité des recettes préparées par le fils du commissaire! — tout autant que sa connaissance historique et politique de ce lieu chargé qu'est Trieste qui rendent les romans de Heinichen si captivants. Celui-ci est sans doute le meilleur que l'on ait pu lire jusqu'ici.

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Le dernier hiver
Ake Edwardson
Traduit du suédois par Marie-Hélène Archambeaud
JC Lattès
Paris, 2010, 377 pages

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La danse de la mort
Veit Heinichen
Traduit de l'allemand par Alain Huriot
Seuil/Policiers
Paris, 2010, 312 pages