Voyage au coeur de l'histoire diplomatique du Québec

L'ex-ambassadeur canadien Gilles Duguay soutient que la Belle Province a affirmé sa place à l'échelle des nations sans mettre en cause l'«unité canadienne»

Alors que l'Organisation internationale de la Francophonie soulignait récemment son 40e anniversaire, le Québec figure parmi ses membres les plus actifs et en constitue le troisième bailleur de fonds. Cela est le produit d'un long processus historique au cours duquel la province a taillé sa place sur l'échiquier des nations «sans pour autant mettre en cause l'unité canadienne». Il s'agit de «l'une des plus grandes réussites de la Révolution tranquille». Voilà la thèse que soutient Gilles Duguay, ancien universitaire, ex-ambassadeur canadien et fédéraliste pourtant convaincu, dans sa monumentale fresque des relations entre le Québec et la France, vues à travers le prisme d'Ottawa.

En historien autodidacte, Duguay entame son passionnant récit de l'émergence internationale du Québec avec la ratification du traité de Paris, qui marqua la fin de la Nouvelle-France en 1763. Le XIXe siècle fut celui des «retrouvailles» entre le Québec et la France, entre autres, grâce aux actions d'Hector Fabre, commissaire du Canada à Paris pendant 28 ans, et de celles de son successeur, Philippe Roy.

Autre moment clé de cette histoire diplomatique touffue: l'ambassadeur Georges P. Vanier, vétéran décoré de 14-18, devenu représentant canadien auprès des gouvernements alliés réfugiés à Londres en 1942, se lia d'amitié avec Charles de Gaulle, chef de la France libre. Jusqu'à sa mort survenue en 1970, ce dernier occupa une place prépondérante dans les relations Québec-Ottawa-Paris, rappelle l'auteur.

Entré en diplomatie en 1967, Gilles Duguay emprunte aussi la plume du mémorialiste engagé, mais néanmoins nuancé. Il raconte ce qu'il a pensé et observé en qualité de témoin et d'acteur, notamment à la suite du fameux «Vive le Québec libre!» lancé par le général de Gaulle et de l'affrontement qui opposa ce dernier à Pierre Elliott Trudeau en 1968.

Tout en montrant combien les relations entre les trois capitales au cours des cinquante dernières années témoignèrent d'une perpétuelle tension entre la volonté d'affirmation du Québec dans ses champs de compétences et le fait que la province fait toujours partie du Canada, Duguay présente les figures marquantes de la diplomatie canadienne et québécoise des récentes décennies, telles Jules Léger, Léo Cadieux, Claude Morin, Michel Dupuy et Louise Beaudoin, «l'égérie du souverainisme». Selon lui, Lucien Bouchard fut «un des meilleurs ambassadeurs qu'Ottawa ait jamais nommés à Paris», et Jean Charest, le premier ministre provincial ayant le plus fait avancer la cause du Québec hors de ses frontières.

Après lecture de ce vaste panorama fouillé, le lecteur aura compris les batailles parfois méconnues que le Québec a dû livrer pour enfin accéder au statut d'acteur international qui est aujourd'hui le sien.

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Collaborateur du Devoir