Ouvrages de référence - Un outil précieux : Le Petit Dictionnaire des québécismes

Les anglicismes et les mots impropres continuant de faire des ravages dans la langue tant parlée qu'écrite au Québec, la parution récente du Petit Dictionnaire des québécismes de François d'Apollonia ne peut être que la bienvenue. L'auteur, un traducteur et réviseur linguistique, a voulu y répertorier les mots qui peuvent être source de confusion ou d'incompréhension, non seulement entre Québécois et francophones d'ailleurs, mais aussi entre les Québécois eux-mêmes. Le pari est gagné haut la main.

L'ouvrage inventorie quelque 3000 termes qui différencient le français parlé et écrit au Québec du français standard: les archaïsmes, les anglicismes, les impropriétés et particularités de sens, ainsi que les néologismes. Chaque entrée est classée dans une catégorie expliquant le type d'écart qu'elle constitue par rapport au français standard. Un système ingénieux d'abréviations, de signes et de codes évite la répétition des mêmes informations à chaque entrée.

L'originalité de cet ouvrage tient notamment au fait qu'il est complété par un index thématique commode qui pallie l'ordre alphabétique des entrées. Par exemple, sous la rubrique «Arts et spectacle», on trouvera aussi bien le calque de l'anglais «billet de saison» et l'anglicisme «intermission» que les québécismes «fausser» et «quétaine».

Ne vous attendez toutefois pas à trouver dans ce dictionnaire des termes empruntés directement à l'anglais, tels que «toffer» ou «loafer»: cet ouvrage n'est pas le fourre-tout que constitue le Dictionnaire de la langue québécoise de Léandre Bergeron. L'auteur rappelle que l'emploi d'un mot anglais ne constitue pas en soi un anglicisme, mais plutôt un emprunt direct à l'anglais, et qu'il ne peut donc porter à confusion. Seuls ont été retenus les emprunts sémantiques à l'anglais, c'est-à-dire ces mots dont la forme semblable dans les deux langues peut entraîner leur emploi fautif, par exemple «articulé» dans le sens d'éloquent ou «confronter» dans le sens d'affronter. On y retrouve aussi les mots anglais «québécisés», comme «drabe», «dompe» et «moppe».

Un outil pratique

Selon M. Apollonia, parmi les 3000 entrées et 3800 emplois du Petit Dictionnaire des québécismes, seulement 217, soit un peu moins de 0,6 % (!), peuvent être considérés comme consacrés par l'usage ou irremplaçables, tels «clavarder», «a-miantose» ou «massothérapie». La liste est donnée en annexe de l'ouvrage.

Le Petit Dictionnaire des québécismes, avec sa couverture rigide, est un outil pratique bien conçu, facile à consulter et relativement complet qui, tout en recoupant certains dictionnaires ou guides existants, ne fera pas double emploi. Un ouvrage de référence, donc, à ranger sur son bureau entre le Multidictionnaire de la langue française de Marie-Éva de Villers (Québec Amérique) et les 1500 pièges du français écrit et parlé de Camil Chouinard (éd. La Presse).