Témoignages - Trois écrivains à l'oratoire

L’oratoire Saint-Joseph et quelques pèlerins à genoux<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir L’oratoire Saint-Joseph et quelques pèlerins à genoux

Majestueux, l'oratoire Saint-Joseph, du haut de sa montagne, en impose et inspire. Dans L'Oratoire et le Frère André. Regards d'écrivains, trois auteurs québécois provenant d'univers distincts témoignent de leur rapport à cette institution.

Enfant, Maxime-Olivier Moutier y allait souvent avec sa famille. Dans son entourage, ce lieu faisait presque partie du quotidien. Sa mère, par exemple, se préservait des accidents de la route grâce à des médaillons achetés là. Elle n'a jamais eu d'accident, mais l'écrivain, lui, avec la même méthode, n'a pas eu cette chance.

«Pour moi, écrit-il, la technique du saint protecteur n'a pas trouvé son efficacité. C'est comme tout.»

Moutier raconte sa familiarité avec l'oratoire comme une évidence. Cela saisit, puisqu'on ne s'attend pas à une telle expérience de la part d'un auteur de sa génération. «J'y suis retourné des centaines de fois, ensuite, dans ma vie, à l'Oratoire, avoue-t-il simplement. Souvent tout seul. Souvent avec mes enfants. Comme une balade des soirs d'été. C'est gratuit et il faut être assez fermé pour ne rien ressentir quand on s'en approche [...].» Ce texte dégage une sérénité flegmatique, comme s'il s'agissait de faire taire toute polémique au sujet de la religion pour doucement reconnaître ce qui s'impose. «Ce n'est qu'un peu plus tard, quand on a grandi, que l'on apprécie les escapades à l'Oratoire, affirme l'écrivain. Ce qui nous subjugue, c'est l'esprit des lieux. C'est ce sentiment de l'inconcevable et du quelque chose de présent quand même.»

La beauté du pèlerinage


Le dominicain Benoît Lacroix chante, lui, la beauté du pèlerinage, «un acte populaire social» , jadis accompli par son père et qui refuse de disparaître. «Le pèlerin, écrit-il, obéit à une vision traditionnelle de la vie, à savoir qu'il est celui qui marche, qui vient, qui passe, qui vit, qui meurt.» D'aucuns, constate Lacroix, regardent de haut cette piété populaire. Peut-être ignorent-ils que les pas de ceux qui marchent ainsi sont «alignés vers ailleurs», «ont du sens». Lacroix souligne enfin le caractère interculturel de l'oratoire d'aujourd'hui, «qui symbolise ce Grand Rassemblement promis à la fin des temps». L'historien laisse le mot de la fin à son père, personnage important de son oeuvre. «À l'Oratoire, disait ce dernier, nous étions tous les bienvenus, gens de la terre comme gens de la ville. Tout gratis. On se croyait déjà au Paradis!»

Un hommage à l'humilité

Pour Gilles Marcotte, ce lieu est un hommage à l'humilité. Saint Joseph, son patron, «n'est pas le personnage le plus éclatant de la sainteté catholique, et avec le frère André s'affirme le privilège du pauvre», «la reconnaissance d'un archétype fondé sur les leçons fondamentales du christianisme». Marcotte, dans cette humilité, dans cette simplicité, retrouve «la réalité profonde du Canada français [...], peu ambitieux, accomplissant ses petites besognes sans trop se soucier de la gloire, des coups d'éclat, de la Grande Histoire».

Le critique souligne lui aussi la forte présence multiculturelle dans ce lieu, aujourd'hui, et voit ce dernier comme un «lieu de communion» particulier, ouvert à tous, «dont l'humanité éprouve la nécessité, quelles que soient ses idées particulières». Devant le spectacle d'une femme d'un certain âge qui monte le grand escalier à genoux, il est frappé par la beauté, pleine d'un passé qui dure encore un peu. Ce bel essai plein de grâce du patriarche de Côte-des-Neiges aura le même effet sur le lecteur envoûté.

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Collaborateur du Devoir