Remise en question chez Fides

Stéphane Lavoie compte beaucoup sur les antennes dont bénéficie Coopsco dans le réseau scolaire pour à la fois favoriser la vente de titres anciens et susciter la parution de nouveaux ouvrages.<br />
Photo: Olivier Zuida - Le Devoir Stéphane Lavoie compte beaucoup sur les antennes dont bénéficie Coopsco dans le réseau scolaire pour à la fois favoriser la vente de titres anciens et susciter la parution de nouveaux ouvrages.

La vénérable maison d'édition Fides, rachetée par un groupe de coopératives scolaires, Coopsco, en est à réévaluer ses façons de faire et la direction qu'elle doit désormais emprunter dans un proche avenir afin d'assurer sa relance. Le nouveau propriétaire, déjà en place, doit officiellement prendre possession de Fides à compter du 1er novembre.

À quoi ressemblera Fides sous la coupe de son nouveau propriétaire? Rien n'est encore bien arrêté. L'ombre d'un déménagement plane, ce qui forcerait l'éditeur à retarder sa relance effective. Par ailleurs, le contrat formel d'achat n'est toujours pas signé, mais le nouveau patron, Stéphane Lavoie, se promène volontiers dans des bureaux quasi déserts où l'on voit, accrochés aux murs, les différents visages d'écrivains autrefois liés à la maison: Félix Leclerc, Germaine Guèvremont, Pierre Vadeboncoeur, Fernand Dumont, Paul Wyczynski, etc.

Ancien éditeur scolaire chez Gaétan Morin, Stéphane Lavoie pilotait jusqu'à tout récemment les éditions Saint-Martin de même que Décarie éditeurs, deux enseignes de Coopsco, un réseau qui compte, entre autres, 90 points de vente de livres au Québec. C'est d'ailleurs par l'entremise des éditions Saint-Martin, avec son petit catalogue de 200 titres, que Coopsco rachète officiellement le géant Fides, soit plus de 2000 titres, dont des oeuvres de Nelligan, Pierre Caron, Hélène-Andrée Bizier, Yves Beauchemin et Evelyne de la Chenelière.

Pour des raisons légales, l'entente de rachat ne comprend pas un des secteurs les plus intéressants exploités jusqu'ici par Fides, soit celui de la collection de poche Bibliothèque québécoise (BQ), composée d'une large part de classiques de la littérature québécoise. BQ est le fruit d'une collaboration entre trois éditeurs. Coopsco tentera de racheter la part de Fides dans cette aventure, mais rien n'est encore décidé à cet égard.

Le nouveau propriétaire a-t-il des plans particuliers pour la littérature et les essais? Stéphane Lavoie affirme avoir à coeur de développer le secteur numérique pour revaloriser d'une nouvelle manière le patrimoine de la maison, dont il se refuse par ailleurs à évoquer les différents aspects. Il ne veut pas nommer non plus d'auteurs du catalogue qui l'intéressent tout particulièrement. «Je n'ai pas eu le temps depuis l'été d'étudier ça. Nous avons estimé à environ 80 titres ceux qui nous semblaient rentables.» Quels sont ces auteurs emblématiques? Guy Frégault? Benoît Melançon? Louis Gauthier? Henriette Major? Gilles Marcotte?

Pour l'instant, les activités continueront donc quelque temps de tourner au ralenti. Au prochain Salon du livre de Montréal, afin de limiter les frais, Fides se regroupe par exemple avec d'autres éditeurs religieux pour n'occuper qu'une portion de l'espace qui a été le sien par le passé.

Deux volets

La relance de Fides s'appuiera sur un double volet, explique Stéphane Lavoie en entrevue. D'une part, une production importante liée de près aux besoins du monde scolaire, dans l'intérêt du groupe qui s'est porté acquéreur. D'autre part, la poursuite d'un programme éditorial généraliste. «Chose certaine, il va falloir commencer par regarder la rentabilité des titres, précise le nouveau patron. Le programme d'édition sera diminué. Il passera probablement de 60 ou 70 titres par année à environ 40. La production de titres religieux va elle aussi être diminuée en conséquence.»

Stéphane Lavoie compte beaucoup sur les antennes dont bénéficie Coopsco dans le réseau scolaire pour à la fois favoriser la vente de titres anciens et susciter la parution de nouveaux ouvrages.

Une nouvelle équipe éditoriale reste à constituer. Des 23 personnes qui travaillaient aux bureaux de Fides précédemment, il n'en reste plus que quatre ou cinq. Cette petite équipe demeure pilotée par Michel Maillé, l'ancien grand patron qui agira désormais sous le chapeau de «directeur éditorial».

Michel Maillé explique que Fides a accepté de se départir ainsi de presque tous ses employés au cours des derniers mois afin de satisfaire aux conditions de rachat que posaient les deux acheteurs potentiels tenus, du moins au début de l'été, pour les plus intéressants. «Hurtubise et Bayard n'avaient pas besoin, par exemple, du service de comptabilité que nous avions déjà», explique Michel Maillé. Puis est arrivée l'offre de Coopsco. «Il y avait là une parenté spirituelle suffisante et les capitaux nécessaires» pour conclure la transaction, explique-t-il, toujours calme, mais les traits visiblement tirés par plusieurs mois de tension intense.

Pourquoi les pères de Sainte-Croix ont-ils soudain placé Fides devant la nécessité d'être vendue puisqu'ils en étaient à la fois les principaux créanciers et les propriétaires? «Ce sont les banques qui étaient le premier créancier, précise Michel Maillé, mais les garanties offertes par les pères ne les faisaient pas s'inquiéter du tout.» Ce sont donc les pères de Sainte-Croix eux-mêmes qui auraient acculé l'entreprise à la faillite? Michel Maillé le confirme du bout des lèvres. La communauté avait-elle à ce point besoin d'argent pour payer des frais d'avocat dans le cas de poursuites pour délits sexuels survenus au collège Notre-Dame, aussi sous la gouverne des pères de Sainte-Croix? «Je devine que les factures d'avocat sont très, très élevées», se contente de dire Michel Maillé.