Mario Vargas Llosa, nouveau Nobel de littérature

Le romancier péruvien naturalisé espagnol Mario Vargas Llosa débarque du taxi new-yorkais qui l’a mené à la conférence de presse suivant l’annonce de l’attribution du prix Nobel de littérature, hier.
Photo: Agence Reuters Jessica Rinaldi Le romancier péruvien naturalisé espagnol Mario Vargas Llosa débarque du taxi new-yorkais qui l’a mené à la conférence de presse suivant l’annonce de l’attribution du prix Nobel de littérature, hier.

Vargas Llosa, l'un des hommes de lettres les plus acclamés du monde hispanophone. L'écrivain s'est présenté sans succès en 1990 à l'élection présidentielle de son pays, marqué par les divisions politiques.

Âgé de 74 ans, Mario Vargas Llosa est l'auteur de plus de 30 romans, pièces et essais, dont Conversation à la cathédrale (1969) et La Guerre de la fin du monde (1981).

L'Académie suédoise l'a récompensé pour «sa cartographie des structures du pouvoir et ses images aiguisées de la résistance de l'individu, de sa révolte et de son échec». Le secrétaire permanent de l'Académie, Peter Englund, a souligné que «ses ouvrages sont souvent très complexes dans la composition, avec différentes perspectives, différentes voix» et différents lieux temporels. L'auteur, dit-il, «a aidé à faire évoluer l'art de la narration».

Mario Vargas Llosa, qui avait été proche de l'extrême gauche et notamment de Fidel Castro dans sa jeunesse, s'est présenté comme candidat de centre droite du Front démocratique à l'élection présidentielle de 1990. Très largement battu par Alberto Fujimori, Vargas Llosa avait alors quitté le Pérou pour l'Espagne, dont il a pris la nationalité en 1993. Plus qu'un simple témoin, Vargas Llosa a été un acteur de la vie publique et l'un de ses penseurs.

Outre ses très nombreux articles pour la presse hispanophone, l'écrivain a souvent posé le problème de l'oppression et de la dictature dans ses livres. Dès son deuxième roman, paru en 1963, La Ville et les Chiens (Gallimard), il évoquait la vie menée par les cadets de l'armée, les brimades dont ils étaient l'objet et leurs tentatives de révolte.

Le Monde note aujourd'hui que si le choix des jurés du Nobel demeure imprévisible, il reste une ligne de conduite assez claire: depuis plusieurs années, les membres de l'Académie suédoise privilégient des auteurs engagés dans leur époque, comme l'est clairement l'écrivain péruvien.

Certains lauréats ont pris position par l'intermédiaire de leurs livres ou de leurs discours (c'est le cas de J.-M. G. Le Clézio, Prix Nobel 2008, sur la question de l'environnement et de la défense des cultures non occidentales), tandis que d'autres ont directement vécu les remous de l'histoire. Le Turc Orhan Pamuk, lauréat en 2006, avait été en butte à la justice de son pays pour ses déclarations en faveur des minorités kurdes.

La romancière et poète allemande Herta Müller, récompensée en 2009, avait, elle, été victime de la dictature roumaine sous Ceausescu. Quant à Mario Vargas Llosa, il a activement participé à la vie politique de son pays.

Dans La Fête au bouc (Gallimard, 2002), il mettait en scène les derniers jours de la dictature de Rafael Leonidas Trujillo, la violence et la corruption qui minaient le pays. À travers les personnages de quatre conjurés qui tentaient de renverser le régime, l'écrivain péruvien donnait une magnifique forme romanesque au sujet qui lui tient le plus à coeur: ce que le jury du prix Nobel a défini comme «la résistance de l'individu, de sa révolte et de son échec».

Mario Vargas Llosa est le premier Sud-Américain à remporter le prix Nobel de littérature depuis le Colombien Gabriel García Márquez, auteur de Cent ans de solitude et Nobel 1982. «Je suis très surpris, je ne m'y attendais pas», a confié le tout nouveau lauréat à la radio nationale espagnole, ajoutant qu'il a cru à une plaisanterie en apprenant la nouvelle par téléphone. «Cela faisait des années que mon nom était mentionné», c'est une «surprise totale, très plaisante», ajoutait-il.

L'écrivain d'origine péruvienne recevra le prix doté de 10 millions de couronnes (environ 1,5 million $CAN) en décembre.

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Avec la Presse canadienne

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