Histoire - Jean-Baptiste Lagacé : un nom qui mérite de sortir de l'oubli

Illustrateur, professeur de dessin, créateur des vitraux historiés de la basilique Notre-Dame, concepteur durant 20 ans des tableaux allégoriques de la parade de la Saint-Jean à Montréal, Jean-Baptiste Lagacé (1868-1946) fut avant tout le premier titulaire d'une chaire d'histoire de l'art au Canada, en 1904. La longue carrière de ce pionnier infatigable et prolifique, aujourd'hui trop oublié, méritait d'être rappelée, ne serait-ce que parce qu'elle inaugure une étape importante du développement d'une véritable culture artistique au Québec.

Il est toutefois peu probable que le nouvel ouvrage très érudit d'Olga Hazan, consacré au «fondateur de l'histoire de l'art au Canada», contribue beaucoup à sortir le nom de Lagacé des limbes de l'histoire, sauf dans les milieux spécialisés. La facture universitaire de l'ouvrage, surchargé de notes, et le style lourdaud de l'auteure risquent d'en rendre la lecture plutôt indigeste pour le non-initié. Un éditeur aurait dû passer par là...

Intitulé abusivement La Culture artistique au Québec au seuil de la modernité, l'ouvrage de Mme Hazan porte en fait pres-que exclusivement sur les balbutiements de l'enseignement de l'histoire de l'art au Québec à l'aube du XXe siècle. Le sujet n'est pas sans intérêt, puisque la création de la Chaire d'histoire de l'art à l'Université Laval de Montréal dès 1904, 11 ans avant la première Chaire en histoire confiée à Lionel Groulx, constituait non seulement une reconnaissance de cette discipline longtemps confinée aux conférences pour amateurs et curieux, mais elle favorisa aussi l'émergence de véritables spécialistes de l'histoire de l'art au Québec, avec les Jean-Marie Gauvreau, Gérard Morisset, Marius Barbeau et Maurice Gagnon.

Même si les cours donnés par Jean-Baptiste Lagacé reprenaient la vision traditionnelle de l'histoire de l'art véhiculée dans les milieux universitaires catholiques en Europe, le seul fait qu'ils étaient occasionnellement ouverts au grand public et appuyés par les plus récentes techniques de projection d'images permit à bien des Montréalais de se familiariser avec les chefs-d'oeuvre de l'histoire de l'art, que l'absence d'un musée des beaux-arts digne de ce nom à Montréal rendait autrement inaccessibles.

L'ouvrage de Mme Hazan foisonne de détails sur le contexte social et institutionnel de la création de cette Chaire d'histoire de l'art, ainsi que sur les prédécesseurs de Jean-Baptiste Lagacé dans la diffusion cette discipline, dont Napoléon Bourassa et son fils, l'abbé Gustave Bourassa.

L'Initiation à l'histoire de l'art

Le livre de Mme Hazan n'est donc ni une biographie critique de Jean-Baptiste Lagacé, ni la synthèse sur «la culture artistique au Québec au seuil de la modernité» qu'annonce le titre, mais plutôt la petite histoire de l'émergence d'une discipline universitaire au Québec. Près de la moitié des 624 pages de ce gros volume sont consacrées au texte intégral de L'Initiation à l'histoire de l'art que Lagacé comptait publier, mais qui resta à l'état de tapuscrit, ainsi qu'aux lettres de voyage que le jeune Lagacé a envoyées de l'Europe au journal La Vérité en 1900, où il racontait sa découverte des grands musées et monuments européens.

Par ailleurs, un chapitre intéressant, rédigé par Suzanne Lemerise et Brigitte Nadeau, est consacré à un autre aspect de la carrière de Lagacé, comme inspecteur de l'enseignement du dessin à la Commission des écoles catholiques de Montréal, de 1928 à 1942.

En attendant que Mme Hazan ou un autre chercheur nous gratifie de l'ouvrage de référence espéré sur Jean-Baptiste Lagacé, la meilleure façon de se familiariser avec l'oeuvre de ce dernier consiste à visiter l'exposition qui lui est consacrée et qui se tient jusqu'au 3 octobre, à la Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal. Un cédérom inspiré d'une autre exposition sur Lagacé, tenue en 2004 à l'Université de Montréal, vient d'ailleurs heureusement compléter le livre de Mme Hazan.
1 commentaire
  • Jean-Guy Dagenais - Inscrit 25 septembre 2010 13 h 19

    Le Conférencier

    Jean-Baptiste Lagacé donna des cours sur l'Histoire de l'Art, les dimanches soirs au Monument National, avec des moyennes de présences de 100 personnes, pour les années 1918-1919 et 1919-1920 selon le Rapport du Secrétaire de la province de Québec.