Le modèle iTunes fait irruption dans le monde de l'édition

Pour un dollar, on peut télécharger Nietzsche sur son Kindle.<br />
Photo: Agence Reuters Eric Thayer Pour un dollar, on peut télécharger Nietzsche sur son Kindle.

Si iTunes a révolutionné la façon de consommer la musique grâce aux ventes à l'unité sur Internet, ce modèle à succès pourrait faire florès dans le monde du livre numérique. Plusieurs maisons d'édition ont déjà emboîté le pas en vendant à la pièce sur des librairies en ligne, des essais, des nouvelles tirées d'un recueil ou des chapitres d'une œuvre pour 0,99 $.

Quelques maisons d'édition ont investi ce champ quasi vierge, histoire de démultiplier les revenus potentiels tirés de leurs ventes numériques réalisées par le truchement des Amazon.com, boutique iBook d'Apple, BN.com (Barnes and Noble) et autres géants de la vente en ligne de contenus numériques.

Depuis peu, des essais de Chuck Klosterman, un chroniqueur féru de culture pop et de sport publié par Simon & Schuster, sont désormais disponibles à la pièce pour moins d'un dollar sur plusieurs sites, dont Amazon.com et la boutique iBook d'Apple.

Le groupe Penguin s'est aussi mis au diapason en bradant pour 3 à 6 $ plusieurs essais et nouvelles sur son propre site de vente en ligne. HarperCollins craque aussi pour le prêt-à-lire et propose pour 0,99 $ des nouvelles d'Oscar Wilde, de Tolstoï et d'Ana Maria Allessi. Pour un dollar, on peut télécharger Nietzsche sur son Kindle.

Même les médias s'y frottent. Le mensuel américain The Atlantic Monthly a rendu disponibles sur Amazon.com pour 3,99 $ de courts reportages de journalistes vedettes comme Christopher Buckley, ex-conseiller de Ronald Reagan, et de l'écrivaine irlandaise Edna O'Brien.

Guides Ulysse, pionnier d'une tendance nouvelle


De ce côté-ci de la frontière, on surveille de près cette nouvelle tendance qui, croit-on, finira à coup sûr par gagner le monde québécois de l'édition numérique. «Comme cela s'est produit pour l'industrie de la musique, on va finir par fragmenter les contenus du livre numérique. Avec iTunes, Apple a fait la démonstration de l'importance de la baisse des prix pour vendre des produits de consommation rapide», observe Luc Roberge, président directeur de la maison d'éditions Québec Amérique.

Selon cet éditeur, Steve Jobs teste aujourd'hui avec la boutique virtuelle iBook le modèle qui a transformé la façon de commercialiser la musique et révolutionné les modes de consommation dans cette industrie. «Il essaie de faire de même avec le livre, mais la musique est un produit différent du livre, dont la consommation est beaucoup plus rapide», croit-il.

Au Québec, la maison des Guides Ulysse, spécialisée dans les guides de voyage, est à peu près la seule à tester à fond la formule. Depuis l'ouverture de sa boutique en ligne, Guides Ulysse offre plusieurs de ses contenus numérisés par chapitres, au grand bonheur des clients. «Le genre s'y prête bien. De plus en plus de gens font de courts voyages dans une région donnée et ne s'intéresse qu'à une section très spécifique d'un guide. Cela répond à un besoin réel», soutient Daniel Desjardins, président-directeur général de Guides Ulysse.

Lancée dès le début de la vente de produits numériques, la vente par chapitres est même devenue la locomotive des ventes sur support numérique chez Ulysse, affirme l'éditeur. À des prix qui varient de 1,99 à 5,99 $, on peut ainsi télécharger le chapitre de la région de son choix tiré du guide des sentiers de randonnée et de raquettes au Québec, ou plonger dans le chapitre consacré à l'Epcot Center, sans acheter le guide complet sur la Floride.

«En bout de ligne, c'est plus payant. Notre chapitre sur Djerba se vend très bien auprès des Français qui visitent ce coin de la Tunisie», affirme l'éditeur, qui souhaite bientôt expérimenter de nouveaux produits liés à la géolocalisation. Ces contenus à télécharger permettraient d'obtenir sur un téléphone intellligent des microcontenus utiles pour trouver les restaurants ou les sites d'intérêt dans le quartier où l'on se trouve.

Mais le modèle du prêt-à-lire pourrait-il s'appliquer à la littérature? «Je suis convaincu qu'on se dirige dans cette direction. Des nouvelles d'un recueil pourraient être vendues à la pièce, tout comme les textes tirés de collectifs d'auteurs universitaires», soutient Clément Laberge, vice-président aux services de l'édition numérique chez De Marque, qui s'est associé à l'Association nationale des éditeurs de livre (ANEL) pour développer un entrepôt numérique afin de faciliter la numérisation et la diffusion de livres numériques québécois.

Mais l'entreprise, qui vient de conclure une entente avec le géant Apple pour diffuser des livres québécois dans la boutique iBook, estime que les éditeurs québécois en sont encore à l'étape d'apprivoiser le numérique. «Il faut laisser le temps aux éditeurs de connaître ce nouveau marché et d'expérimenter différents modèles. Mais je ne serais pas surpris de voir certains éditeurs tenter l'expérience d'ici Noël!», croit M. Laberge.