Festival international de littérature - Lettres lues

Des lettres d'amour. Et des lettres d'amour de la lecture. Le Festival international de littérature présente deux spectacles épistolaires. Sur une scène, les lettres d'amour du mythique couple Pauline Julien-Gérald Godin. Sur l'autre, la correspondance unilatérale de Yann Martel avec le premier ministre Stephen Harper. Des lettres lues à voix haute.

Claude Poissant se charge de la mise en lecture des Lettres recommandées de Yann Martel. Depuis 2007, l'auteur de L'Histoire de Pi (XYZ) envoie toutes les deux semaines un livre méticuleusement choisi à Stephen Harper. Martel a débuté ce jeu devant l'indifférence de Harper aux cinquante ans du Conseil des arts du Canada. Les missives et la bibliothèque idéale ainsi construite sont rendues publiques sur quelitstephenharper.ca et par la publication l'an dernier du livre Mais que lit Stephen Harper? (XYZ). Les lectures proposées par Martel sont variées, de Marguerite Duras à Voltaire en passant par le poète Ted Hugues, du Petit Prince à Gilgamesh en passant par En attendant Godot.

Littérature et politique

Aidé par le jeune dramaturge Marc-Antoine Cyr, Claude Poissant a incorporé au spectacle de courts extraits des livres recommandés. «Ça nous permet de nous balader en dehors de la missive, explique le metteur en scène. Les acteurs ont toujours du plaisir à faire ce type de travail morcelé, sautillant d'un style à l'autre.» Alexandre Goyette, Louise Laprade, Macha Limonchik, Olivier Morin, Étienne Pilon et Catherine Vidal entourent Poissant. Lettres recommandées est-il un spectacle politique? «Je n'ai pas pris parti contre Stephen Harper, poursuit Poissant. C'est une oeuvre littéraire avant tout et Martel est un passeur merveilleux pour interroger le monde dans lequel on vit, y compris le monde politique et ceux qui nous gouvernent. Mais il y a inévitablement un impact politique.»

De ces Lettres recommandées, ce qui marque le plus l'homme de théâtre, c'est le courage de Yann Martel. «Le gars m'impressionne. Choisir une oeuvre, dire pourquoi on l'aime ou pas, pourquoi on l'envoie, c'est une réflexion exigeante. Et Martel continue, il s'en fait un devoir tout en écrivant ses romans, il sera là jusqu'à la fin du pouvoir de Harper, dans cet échange sans retour — et il faut que ça demeure ainsi, il ne faut pas que Harper réponde! C'est tout le tragique et le comique de ce projet!», conclut le metteur en scène.

Nos Roméo et Juliette

Pierre Curzi et Marie Tifo, couple dans le vie, lisent dans La Renarde et le mal peigné la correspondance amoureuse de Gérald Godin et Pauline Julien. Lorraine Pintal met en scène les lettres choisies par Pascale Galipeau, la fille de Julien. Marie Tifo a découvert dans ces écrits l'amour fou de ce couple. «Les lettres de Gérald sont extraordinaires. commente l'actrice. Il y a une originalité dans le propos, on sent toute sa fanfaronnade. Celles de Pauline sont pleines d'impressions, de malaises, elle saute sans cesse d'une idée à l'autre. Ils s'écrivaient constamment, on en parlait en répétition, on se disait que s'ils avaient vécu maintenant, ils se seraient peut-être envoyé des textos et tout ça se serait perdu.» Tifo a rencontré Julien une fois, à la première du film Les Bons Débarras, de Francis Mankiewicz.

«Je me souviens de son intensité, comme une flamme, sans faux-semblant. Elle était entière, comme je l'imaginais, et toute à la personne à qui elle parlait.» Les lettres des tourtereaux, à la fin, se raréfient. Godin, après avoir combattu le cancer du cerveau, en mourra. Julien, seule, luttera un temps contre l'aphasie qui la gruge avant de se suicider. «Leur fin est triste à mort, tragique. Ils ont été si flamboyants, le voilà trépané, et elle perd ses mots. Je suis contente qu'on ramène ces personnages, poursuit Tifo, on est en manque de héros. On parle toujours de Roméo et Juliette, et on a ces deux-là, qui se sont écrit toute leur vie, de 1962 à 1993. Je suis contente qu'une nouvelle génération puisse les rencontrer.»

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