Ouvrages de référence - Ces mots qui nous font défaut

La Conquête de 1760 a eu deux effets majeurs sur la langue française au Québec. Cette dernière, en contact permanent avec l'anglais, a été envahie par les anglicismes et, privée de contact avec la France, n'a pas connu l'évolution linguistique hexagonale moderne.

Dans Le Grand Glossaire des anglicismes au Québec (Triptyque, 2008), le professeur Jean Forest recensait au-delà de dix mille anglicismes retrouvés dans le français québécois. Il livre cette saison un Grand Glossaire du français de France, qui recense 14 000 «mots, sens et expressions de la vie quotidienne qui font défaut au français du Québec». Ces mots, selon lui, seraient étrangers au français quotidiennement parlé au Québec.

Dans certains cas, les choix de Forest sont très discutables («faire une pipe», «poulets» pour la police, «rouleau de printemps», «tabouret» et «bijoux de famille», pour ne prendre que quelques exem-ples, s'entendent fréquemment au Québec). De même, la décision de reproduire l'effet d'oralité uniquement dans la colonne consacrée au français du Québec (par exemple, le «il y a quelqu'un?» du français de France devient «Y as-tu quéqu'un icitte?») fausse la perspective et crée, à l'égard du français québécois, un effet comique, ou dramatique, exacerbé. L'introduction de Forest, enfin, est rédigée dans un style mi-savant mi-pamphlétaire qui confond.

Ce Grand Glossaire du français de France, malgré ces réserves, reste un ouvrage de référence original et intéressant.

***

Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Pierre-Alexandre Tremblay - Abonné 14 août 2010 07 h 03

    Quelle approche sophistique!

    J'habite en Europe depuis cinq ans, j'y ai passé plusieurs mois en France, et je peux dire que le Français qui s'y parle dans la rue n'est pas plus reluisant que celui du Québec!

    Si on compare la langue des universitaires, des radios, des journalistes, les deux langues se portent très bien, avec de belles expressions locales qui sont le fruit des parcours plus ou moins différents qu'ont eu les deux peuples dans leurs contextes respectifs.

    Comparer les usages à deux différents registres de langue, voilà un pur sophisme, un snobisme pro-Hexagone ridicule! Il n'y a qu'à comparer la langue du Devoir et celle du Libé pour y voir deux belles cultures, qui toutes deux enrichissent la langue par une usage contemporain, créatif et expressif, fruit de deux belles cultures intellectuelles complémentaires.