Bédé - À la vie, à la mort

C'est la fin qui marque le début. Face à l'avis de décès d'un ami du primaire, publié dans le canard qui traîne à côté de la machine à café, Maurice Petit, fonctionnaire ordinaire et transparent de son état, a l'angoisse qui monte et l'envie de mettre sa vie sur une autre voie.

Dans son cubicule F-8957, l'homme trouve que son existence est finalement un peu morne et il décide, sans trop savoir pourquoi, de prendre au sérieux son horoscope du jour, qui lui annonce le pire pour un oiseau de son espèce: sa routine «est menacée par la présence du soleil dans [son] signe angulaire». Eh oui: la suite des choses va être pas mal plus relevée que le ronron de ses 20 dernières années.

Avec un scénario complexe et intelligent, La Visite des morts (Glénat Québec) vient explorer le thème du changement radical et du destin improbable en suivant ce drôle de Maurice que la mort va conduire inexorablement vers une nouvelle vie, une vie pleine d'éloquence, d'émotion et de sensibilité. Aux funérailles de son copain d'école Franky Bourgeois, le fonctionnaire est illuminé: une conversion en orateur funèbre va lui tomber dessus comme les rafales de balles d'un tueur à gage sur sa cible. En gros.

Imaginé et dessiné par Philippe Girard, cette incursion dans la condition humaine, d'église en église et de salon funéraire en salon funéraire, permet donc de renouer avec le trait dense et sombre du talentueux bédéiste qui aime jouer avec les hasards, les coïncidences pour mieux suivre leur incidence sur les lignes de vie. Le tout dans un univers qui n'est pas sans rappeler celui que le trentenaire créatif continue de façonner dans la foulée de ses nécessaires Tuer Vélasquez (Glénat Québec), Une histoire de pêche (Mécanique Générale) ou encore Danger Public (La Pastèque) — bédé coassemblée avec Leif Tande.