En difficulté, l'éditeur Fides est forcé de vendre

La maison Fides s’était engagée au cours des dernières années dans des projets très coûteux.
Photo: Olivier Zuida - Le Devoir La maison Fides s’était engagée au cours des dernières années dans des projets très coûteux.
Cette semaine, 13 des 20 employés de Fides ont appris qu'ils étaient congédiés. Certains travaillaient pour l'entreprise depuis plusieurs années. Les représentants des services administratifs et commerciaux ont tous été limogés. Des indemnités de départ ont été accordées. D'autres départs, librement consentis ceux-là, ont eu lieu au cours des derniers mois.

Michel Maillé, directeur de Fides, affirme que l'entreprise, propriété de la congrégation religieuse de Sainte-Croix, n'avait plus d'autres solutions. «On a entrepris, avec la bénédiction des pères de Sainte-Croix, de restructurer l'entreprise. La dette est importante et nous sommes obligés de chercher un partenaire. La congrégation accepte de devenir minoritaire au conseil d'administration.» En d'autres termes, la maison est à vendre.

Qui sera le nouveau patron effectif de cette vieille maison? «Des pourparlers très sérieux sont en cours. Il s'agit pour les pères de s'assurer de la pérennité des objectifs de l'entreprise.»

La maison s'était engagée au cours des dernières années dans des projets très coûteux, notamment du côté de l'édition scolaire. «Nous avions envisagé de produire des manuels pour la formation des élèves en éthique et religion. La décision n'a pas été assez réfléchie et nous avons engagé là-dedans des dépenses de plus d'un million de dollars, ce qui a eu pour conséquence de nous déstabiliser davantage.»

En fonction depuis 2008, Michel Maillé observe en outre que plusieurs collections ont été maintenues au fil du temps sans être rentables, «notamment des études littéraires». L'Université de Montréal, qui avait une entente de gestion de ses éditions avec Fides, n'a pas renouvelé le contrat qui venait à échéance cet été.

Trois candidats

Dans le milieu de l'édition circulent les noms d'au moins trois acheteurs potentiels. On parle beaucoup de Bayard Canada, elle aussi propriété d'une congrégation religieuse. Jean-François Bouchard, le directeur de cette maison, affirme d'entrée de jeu qu'«il s'agit d'une rumeur qui ne nous fait pas honte». «Il y a quelque chose qui est de l'ordre du gros bon sens» dans un tel projet de reprise, les affinités entre les deux ensembles étant importantes. «Mais au moment où l'on se parle, il n'y a rien d'assez consistant avec les propriétaires de Fides. Ce sont eux qui savent encore le mieux ce qui se passe pour l'avenir...»

Partenaire commercial au sein de BQ, une collection de poche constituée d'un triumvirat avec Fides et Leméac, Arnaud Foulon, directeur général chez Hurtubise, affirme pour sa part être peiné par la crise à laquelle le vieil éditeur est confronté. «Plusieurs savent que c'est une société qui connaît depuis un moment certaines difficultés. Chose certaine, il ne faut pas que Fides disparaisse. C'est une maison prestigieuse.» Hurtubise songe-t-il à reprendre Fides? Arnaud Foulon refuse de répondre à la question et se mure volontiers dans un silence prudent. «Tout le monde y verra plus clair à la fin de l'été», se contente-t-il de dire.

Le vent dans les voiles, Hurtubise célèbre cette année son demi-siècle d'existence. Elle a repris il y a deux ans l'éditeur littéraire XYZ et possède notamment la Librairie du Québec à Paris ainsi qu'une agence de distribution en France, Diffusion du Nouveau Monde.

Chez Leméac, l'autre partenaire du triumvirat BQ, la patronne, Lise Bergevin, se désole elle aussi de la déconvenue de Fides. A-t-elle songé à racheter l'entreprise? Il y a quelques mois, Leméac a pris une participation dans le petit éditeur Les Allusifs. Mais la réponse de Leméac est on ne peut plus claire: «Jamais, jamais, jamais!» Fides, dit Lise Bergevin, a accumulé une énorme dette. «Mais s'il arrivait quelque chose, je serais prête à reprendre au moins BQ et le secteur littéraire, en m'associant avec d'autres. Pour ma part, je ne saurais pas quoi faire du secteur des livres religieux, qui reste très important dans le catalogue de Fides.» Le sort de l'entreprise l'inquiète d'ailleurs au plus haut point. «Si on n'est pas capable, comme peuple, de tenir des institutions culturelles pareilles, on peut tout de suite s'enterrer nous-mêmes!»

Le nom des éditions de Mortagne, spécialisées dans les livres de spiritualité et de psychologie, circule aussi comme un repreneur possible de Fides. Personne n'a pu y être joint hier.

Programme réduit

En attendant de connaître le nouvel actionnaire majoritaire d'ici quelques semaines, Michel Maillé annonce tout de suite que la production de l'automne sera sérieusement amputée chez Fides. «Notre programmation est mise en veilleuse. On pourra tout de même annoncer les livres qui sont déjà à peu près terminés.» Pour l'année qui vient, la production devrait être coupée d'au moins la moitié. «On va fonctionner au ralenti. Ce sera moins de 40 titres, certainement.»

Fondée en 1937 par le père Paul-Aimé Martin des pères de Sainte-Croix, Fides a longtemps été associée à la publication d'ouvrages à caractère strictement religieux. Il y a quelques années, elle avait même racheté Bellarmin, la maison des Jésuites. Mais le catalogue de Fides est aujourd'hui très largement diversifié dans tous les secteurs de la production éditoriale. Parmi les auteurs phares de la maison, on trouve notamment Yves Beauchemin, Émile Nelligan, Pierre Vadeboncoeur, Benoît Melançon, Hélène-Andrée Bizier, Pierre Caron, Hélène Pelletier-Ballargeon et Henriette Major.

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