Environnement - Allègre chauffe le débat

La fonte des glaciers témoigne des changements climatiques qui affectent la planète.
Photo: Agence Reuters Marcos Brindicci La fonte des glaciers témoigne des changements climatiques qui affectent la planète.

Le controversé géochimiste français Claude Allègre appartient au camp des «climatosceptiques». Il ne nie pas l'existence d'un «changement climatique», mais il affirme qu'on ne sait pas «si les causes en sont naturelles ou humaines» et ajoute que «l'influence majeure du CO2 sur le climat n'est pas démontrée».

Dans L'Imposture climatique ou la fausse écologie, un ouvrage d'entretiens avec le journaliste Dominique de Montvalon, Allègre, qui reconnaît n'être «pas un expert» en climatologie mais «un connaisseur intéressé», s'en prend aux conclusions du GIEC (Groupement international pour l'étude du climat), un organisme qui aurait l'immense défaut de mélanger la science et la politique. Il affirme que «la simple idée d'une "vérité scientifique" établie par une commission de l'ONU, c'est un crime contre l'intelligence», et réclame le droit au «doute scientifique». Il s'inquiète de la fascination pour les ordinateurs dont font preuve trop de climatologues et plaide pour une science fondée sur «l'observation du réel».

Pamphlétaire, Allègre avance que «tout est faux dans les affirmations d'Al Gore», rappelle que ce dernier est le «fondateur de l'ecobusiness», explique l'alarmisme des climatologues du GIEC quant au réchauffement climatique par leur volonté de gonfler leur budget de recherche et s'oppose radicalement aux tenants d'une écologie politique axée sur la décroissance.

Allègre n'est pas un partisan du développement sauvage. Il faut, dit-il, économiser le pétrole pour en laisser aux générations futures et lutter contre l'augmentation du CO2, qui acidifie l'océan. Faut-il, pour autant, arrêter le progrès et la croissance? Non, mais plutôt développer de nouvelles technologies, pour permettre notamment la capture et la séquestration du CO2 et se préoccuper des «vrais problèmes», c'est-à-dire l'accès à l'eau et à la nourriture pour les humains, la situation de l'océan et l'avenir énergétique.

Longtemps presque seul dans son camp, celui des «climatosceptiques» scientifiques et non celui des simples idéologues à la Bush, Allègre, depuis quelques mois, a de nouveaux alliés. Dans Le Nouvel Observateur du 18-24 mars, Claude Weill, dans un solide dossier, rappelle que «le débat, justement, n'est pas clos du tout» et que les causes du réchauffement constituent «le coeur de la discussion». Fait-il plus chaud, par exemple, parce qu'il y a plus de gaz carbonique ou y a-t-il plus de gaz carbonique parce qu'il fait plus chaud? Dans un échange corsé, le mathématicien Benoît Rittaud, auteur du Mythe climatique (Seuil, 2010), soutient que la thèse du réchauffement «ressemble à un cadavre qui marche», alors que le climatologue Jean Jouzel, mem-bre du GIEC, défend la thèse «carbocentriste».

Tous ces scientifiques ont en commun un souci de la planète. Sur la manière, toutefois, le débat fait rage.

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L'Imposture climatique ou la fausse écologie
Claude Allègre Avec Dominique de Montvalon
Plon
Paris, 2010, 300 pages

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Collaborateur du Devoir
9 commentaires
  • Yvan Dutil - Inscrit 15 mai 2010 07 h 57

    Allègre a tout faux

    Le livre de Allègre est bourré d'erreur. Il n'est même pas foutu de nommer correctement les chercheurs qu'ils citent. Et, à toutes les fois qu'on lui remet ces erreurs sous le nez, il répond que c'est des attaques personnelles.

  • jacques noel - Inscrit 15 mai 2010 11 h 51

    Emmenez-en de la chaleur

    On vient de vivre, au Québec, l'hiver le plus doux de nos vies (je parle des boomers). Avez-vous entendu des gens se plaindre autour de vous? Genre "chu tanné de la "chaleur"? "Je veux plus de neige"? "Je veux pelleter encore plus"? "Je veux payer plus d'électricité pour mon chauffage"?

    Les Québécois sont pas masos. Ils savent que le réchauffement de la planète, si seulement c'était vrai, serait merveilleux pour eux et leurs petits enfants. Après 400 hivers dans l'un des climats les plus durs de la terre, ça serait bien mérité non?

    Eh bien non disent en coeur nos petites élites colonisées qui dominent le discours publique. Elles ont une "conscience planétaire", elles. Elles sont plus préoccupées par le sort des populations du désert qui pourraient "surchauffer" que de l'avenir de leurs petits enfants. Plateau 101.

  • Luc Séguin - Abonné 16 mai 2010 10 h 44

    Réhabiliter l'image de notre civilisation

    Allègre gesticule beaucoup, au fond pourquoi ? Ses idées pour l'essentiel sont aussi celles du GIEC : nécessité de réduire la consommation d'énergie fossile, de développer pour cela de nouvelles techniques, nécessité de s'attaquer au problème de l'accès à l'eau et à la nourriture, accès que rend plus difficile le réchauffement climatique. Allègre ne conteste même pas la réalité du réchauffement climatique. Tout ce qu'il dit, c'est : c'est pas nous, c'est pas notre civilisation judéo-chrétienne, nous n'avons pas créer ce monstre climatique qui détruit la vie. Ce que veut Allègre plus que tout, c'est se regarder dans le miroir et pouvoir continuer à se trouver beau, raffiné, évolué. C'est aussi ce que veut Louis Cornellier qui ne manque jamais une occasion de promouvoir les écrits d'Allègre. Mais, il ne faut pas s'y tromper, il n'est pas question de science ici, mais de politique et de morale.

    Mais, pendant que ces blessés narcissiques cherche à réhabiliter l'image de notre civilisation, le désastre se poursuit. Allègre et Cornellier se font les alliés objectifs de ceux -- de plus en plus nombreux -- qui ne croit pas à la réalité du réchauffement climatique. Leur discours est démobilisateur et tragiquement inconséquent.

  • Bernard Terreault - Abonné 16 mai 2010 11 h 46

    Des bienfaits du froid

    Alors, si c'est si bien la chaleur, comment se fait-il que la plupart des pays nordiques (je ne dis pas arctiques!) sont riches et les pays chauds pauvres ? Et pourquoi M. Noël ne déménage-t-il pas en Haïti, alors ? Le fait est que les climats tempérés froids sont plus sains et qu'il hébergent moins de vermine et de parasites. En plus, ils ont justement le mérite d'attirer moins d'humains de sorte qu'ils ne sont pas surpeuplés et que leurs ressources n'ont pas été aussi rapidement taries. Et il y aurait peut-être un peu de vrai dans la vieille croyance selon laquelle le froid vif du Nord, plutôt que la chaleur languide des tropiques, encourage le travail, la débrouillardise et l'inventivité qui sont à la source de la richesse de ces mêms pays.
    Et en passant, 99% des scientifiques sérieux sont convaincus du lien de cause à effet entre émission de CO2 et réchauffement global.
    B. Terreault, professeur à la retraite de l'INRS.

  • jacques noel - Inscrit 16 mai 2010 16 h 24

    @M. Terreault

    Ce n'est pas le lien entre les émissions de CO2 et le réchauffement qui est contesté, mais bien l'ampleur du réchauffement et les effets pseudos-négatifs sur nos vies
    Dans le cas du Québec, je ne vois que des effets bénéfiques pour notre peuple. Or, le discours dominant ici, c'est LA CATASTROPHE!
    Plus mazos tu meurs....