Littérature québécoise - Retour aux sources

Alice n'avait plus de nouvelles de son père depuis longtemps. La cause était entendue. Jusqu'au jour où on demande à la jeune femme de 25 ans de venir identifier le cadavre d'un Amérindien retrouvé mort sur un banc de parc de Montréal, «après des années de fuite, de chutes, de rechutes, d'errance, d'excuses, d'abandon et de trahison». Avec la disparition de l'homme, c'est un fort et lointain morceau de son passé qui refait surface, accompagné de colère, de honte, d'incompréhension.

En prenant le train vers la petite communauté de Mékiskan, en Abitibi, le village qu'elle avait quitté avec sa mère, sans le vouloir vraiment Alice Awashish-Lamontagne effectue un vrai retour aux sources. En une courte semaine — alors qu'elle ne comptait y rester que vingt-quatre heures, le temps d'enterrer les cendres du paternel —, dans ce lieu mythique où elle n'avait jamais remis les pieds durant toutes ces années, «source de toutes les douleurs et de tous les dangers», devenu vingt ans plus tard une sorte de village fantôme, Alice va régler des comptes avec son passé.

Mékiskan, sa mère l'avait fui pour la protéger d'eux. «Eux, c'était la famille de son père — les oncles, les tantes, la grand-mère —, les gens du village, les chiens errants, les moustiques, les bêtes sauvages, le vent, l'eau froide des lacs.» Alice fera la rencontre d'une cousine de sa grand-mère, une vieille femme qui habite seule dans une cabane. En s'installant chez elle, le temps d'attendre le train hebdomadaire qui la ramènera en ville, elle découvrira, au fil de ses observations et de ses rencontres, tout un monde de misères — mais aussi de liberté — qui lui avait été caché.

Chronique d'un ensorcellement annoncé, Rivière Mékiskan, un premier roman pour Lucie Lachapelle, cinéaste documentariste née en 1955 (auteure notamment de Femmes et religieuses et de Village Mosaïque), traduit cette expérience initiatique dans une écriture syncopée où abondent les phrases courtes et descriptives.

Sans surprise, sans ménager non plus trop d'effets, porté par une voix narrative un peu terne, le récit de Rivière Mékiskan se concentre sur ce processus de transformation de sa protagoniste, fait de révolte autant que d'abandon. Lucie Lachapelle y propose un questionnement en creux sur la filiation, la vitalité et les conditions de vie difficiles des autochtones. Une histoire de réconciliation un peu prévisible pimentée d'exotisme boréal.

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Rivière Mékiskan
Lucie Lachapelle
XYZ
Montréal, 2010, 160 pages

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Collaborateur du Devoir