Littérature québécoise - Fol sentimental

Il est toujours périlleux de faire d'un chagrin d'amour, et de rien d'autre, l'épicentre de tout un roman. Pour s'élever au-dessus de la banale conversation de bar ou des pages salissantes d'un courrier du coeur, il faut aussi y mettre une forte dose d'originalité, un sens aigu de la narration ou s'imposer par des qualités d'écriture hors de l'ordinaire.

Autant d'éléments qui font défaut à Fol allié, le premier roman de Patrick Dion qui, malgré une apparente sincérité, explore au premier degré le côté obscur et masculin de la peine d'amour.

Largué par sa blonde, Éric se décompose et soupèse la force d'autodestruction qu'il devine en lui, son besoin sans fond d'amour et de séduction, ses carences, ses blessures. Entre «Elle n'a pas le droit de me faire mal comme ça» et «Me lever est difficile, manger est difficile, respirer est mille fois pire», son monologue réveille des souvenirs qui sont habituellement refoulés.

Tout en enregistrant des capsules vidéo pour un «frère d'âme» en voyage à l'étranger, il fouille pendant quelques semaines son enfance malheureuse (sur laquelle règne notamment un père suicidaire et alcoolique) et interroge avec complaisance quel-ques-uns de ses échecs amoureux à la recherche de la clé qui lui permettra de comprendre, peut-être, ce qui vient de lui arriver. «Je suis déjà vieux et aigre et mort et seul», confie le trentenaire à sa webcam.

Longue jérémiade introspective à la première personne qui laisse froid (et vieux et aigre, etc.), Fol allié souffre surtout d'un sens du récit faiblement développé qu'une acrobatie finale n'arrange en rien.

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Fol allié
Patrick Dion
Grenouille bleue
Montréal, 2010, 216 pages

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Collaborateur du Devoir