Littérature québécoise - Donald Alarie au piano littéraire

Les aventures qui intéressent l'écrivain Donald Alarie, depuis 35 ans, sont intimes. «Je n'ai pas le tempérament des grands conquérants», écrit-il dans Comme on joue du piano, un essai sur sa pratique littéraire qui paraît dans la collection «Écrire» des éditions Trois-Pistoles. Originaire de Montréal, mais installé dans la région de Lanaudière depuis des décennies, le discret écrivain avoue préférer «prendre des voies de contournement» plutôt que les autoroutes, manière de dire qu'il laisse à d'autres la littérature engagée pour se réfugier dans l'intimisme.

En romancier, en poète ou en essayiste, Alarie a un style. Son exploration tranquille et patiente du quotidien n'a rien du discours thérapeutique psy qui domine trop souvent dans l'univers des auteurs à caractère intimiste. Elle nous offre plutôt, dans une grande simplicité qui brille par son naturel, une sorte de métaphysique de l'ordinaire des jours, portée par une atmosphère un peu sombre, mais délicatement jazzy. «Il m'est d'ailleurs arrivé de penser que j'aurais dû être musicien, écrit Alarie, un art qui peut rejoindre tout le monde, franchir naturellement la barrière des langues et des nationalités.» Faute de réaliser ce rêve, il a inventé, en écrivant, sa petite musique, «avec [ses] deux mains, comme s['il jouait] du piano».

Cette douce atmosphère, jamais gnangnan, habite chacune des pages de Thomas est de retour, le plus récent roman de Donald Alarie. Après une absence de quinze ans pour des raisons professionnelles qui l'ont mené en Ontario, Thomas Martin revient dans sa petite ville natale, en banlieue de Montréal. Atteint d'une maladie dégénérative dont la lente progression le laisse souffler, il vit doucement, rend visite à sa mère et croise, dans le parc près de chez lui, des adolescents de bonne compagnie. Un de ceux-là, Benoît, est le fils d'Annie, une avocate que Thomas a fréquentée... il y a quinze ans. Les atomes crochus entre l'homme et l'ado s'expliqueraient-ils autrement que par la sympathie mutuelle que peuvent ressentir deux êtres qui se reconnaissent gratuitement, un peu par hasard?

Alarie, avec ce roman, touche aux thèmes de la filiation, des liens intergénérationnels et du désir de complicité entre humains que la simple vie tend à éloigner, mais ce n'est jamais pour délivrer un message. «L'écriture de fiction, explique-t-il dans Comme on joue du piano, est l'occasion de parler de la vie, de son caractère inachevé mais également de sa beauté.» Tout est là.

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Comme on joue du piano
Donald Alarie
Éditions Trois-Pistoles
Paroisse Notre-Dame-des-Neiges, 2010, 128 pages

Thomas est de retour
Donald Alarie
XYZ éditeur
Montréal, 2010, 128 pages

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Collaborateur du Devoir