Littérature américaine - La gloire d'Edmund White

Edmund White, romancier, biographe de référence pour Genet et Proust, pionnier de la littérature gaie, s'est voulu très tôt écrivain. Mais malgré le succès tout relatif d'Oublier Helena (1973), un premier roman remarqué par Nabokov, cet écrivain né en 1940 fut réduit, bien malgré lui, à vouer une bonne partie de ses journées new-yorkaises à la pratique d'un journalisme alimentaire.

Rédacteur pour des feuilles éphémères, critique à la pige, spécialiste improvisé de tout et n'importe quoi, selon les besoins du marché d'un éditeur industriel, White nous assure dans City Boy, son autobiographie new-yorkaise, avoir beaucoup travaillé, tout en menant en parallèle une vie sexuelle bohème, à l'ère d'une homosexualité aux avenues encore bien mal définies.

Qu'est-ce que cela pouvait vouloir dire, dans pareil climat, de s'éviter de succomber aux modes, de se vouer à l'éternité, à l'universalité, un peu à la façon peut-être d'une Susan Sontag? Cette réflexion sur la durée d'une oeuvre revient sous diverses formes dans City Boy. «À l'ère d'Internet, du quart d'heure de célébrité et surtout d'une renommée extrêmement locale ("Je suis célèbre pour les quinze personnes qui me lisent sur mon blog"), à une époque où l'espace culturel est si segmenté et le temps si accéléré, se préoccuper de bâtir une réputation durable a-t-il encore un sens?» On croise bien sûr dans ce livre quelques figures emblématiques de la littérature universelle, des monuments comme Vladimir Nabokov, William Burroughs ou Anton Tchekhov, mais on y rencontre aussi plusieurs oubliés. Si bien que la littérature apparaît bientôt comme un objet mouvant, à jamais en quête d'équilibre.

Quel destin pour tous ceux qui cherchent la gloire littéraire? White cite à ce propos l'empereur Marc-Aurèle. Qui a envie d'une gloire littéraire posthume? demandait-il. «Ça n'a aucune importance pour l'auteur mort — et d'ailleurs, fait remarquer Marc-Aurèle avec une pointe de snobisme, les imbéciles qui décideront de ces choses dans l'avenir ne vaudront pas mieux que les imbéciles qui en décident aujourd'hui.» Est-ce à la suite de cette mise en garde que White, à mesure que les années passent, apparaît travailler de plus en plus au nom du présent, mais tout en se réclamant en douce de cette fratrie d'auteurs que l'on prend volontiers pour le ciel de la littérature?

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City Boy
Chronique new-yorkaise
Edmund White
Préface de John Irving
Traduit de l'anglais par Philippe Delamare
Plon
Paris, 2010, 326 pages