Littérature étrangère - À l'amour comme à la guerre

Sur fond d'éclatement de la Yougoslavie, un couple d'immigrants de Toronto, parents d'un jeune garçon, se déchire avec toute la force de son ancien amour. L'homme a un post-doctorat en mathématiques mais a fait fortune par nécessité dans l'univers des jeux vidéo; elle travaille comme téléphoniste dans la centrale de réservations d'une chaîne hôtelière. Leur histoire est hantée par celle de leur pays d'origine.

Un pays qui n'existe plus, charcuté au cours d'une guerre fratricide, des gens qui parfois eux aussi n'existent plus. Un conflit que l'enfant, lui, nourri pourtant très tôt de souvenirs qui ne sont pas les siens, résume comme étant «la guerre de ses parents».

C'est une illusion, nous dit-on, de croire qu'un enfant peut sauver un couple, remplir une vie, contribuer à quelque chose de plus grand encore. «Les gens imaginent que l'enfant est quelque chose de magique: il naît et il meurt pour l'humanité. Personne ne dit la vérité. La vérité est moins jolie.» Les fractures multiples se transmettent elles aussi, tout comme les gènes.

Vladimir Tasic, auteur d'origine serbe vivant au Canada, dont Le Mur de verre, après Cadeau d'adieu et Pluie et papier (Les Allusifs, 2004 et 2006), est le troisième roman traduit en français — notons au passage qu'aucun des titres de l'écrivain de Fredericton n'a été publié en anglais au Canada —, parvient à conjuguer habilement une expérience singulière d'immigration, l'histoire d'un désamour conjugal et l'implosion violente d'un pays. Un roman, insiste l'auteur dans une courte note finale, «sur l'impossibilité de devenir adulte».

***

Le mur de verre
Vladimir Tasic
Traduit du serbe par Gojko Lukic
Les Allusifs
Montréal, 2010, 256 pages

***

Collaborateur du Devoir