Opéra bédé - Des bulles pour un opéra

Le récit Enquêtes de François et de son chien Pax, de Pascal Girard, est au centre du premier opéra bédé que l’Ensemble contemporain de Montréal se prépare à dévoiler.
Photo: Pascal Girard Le récit Enquêtes de François et de son chien Pax, de Pascal Girard, est au centre du premier opéra bédé que l’Ensemble contemporain de Montréal se prépare à dévoiler.

L'image est tendre: perché sur une branche, un p'tit gars regarde dans des jumelles, aux côtés d'un chien. L'un se nomme François, l'autre Pax. Et ils enquêtent.

Le coup de crayon de cette aquarelle est facilement reconnaissable. C'est celui du jeune bédéiste Pascal Girard, figure montante de la bédé d'ici, qui a fait sensation par le passé avec son sensible Nicolas, son introspectif Dans un cruchon et son intimiste Jimmy et le big foot. Ces Enquêtes de François et de son chien Pax poursuivent la construction de l'oeuvre... à un détail près: le récit n'a pas été imaginé pour finir sous une couverture cartonnée. Il est plutôt au centre du premier opéra bédé que l'Ensemble contemporain de Montréal (ECM) se prépare à dévoiler le 6 mai prochain, dans une Maison de la culture Frontenac près de chez vous.

«C'est une première pour nous, lance Véronique Lacroix, directrice artistique de l'Ensemble, qui avoue travailler depuis trois ans sur ce projet un peu déjanté. Tout part de Cecil Castellucci [signataire du livret] qui voulait faire un opéra bédé et qui nous a proposé un assemblage de dessins comme point de départ.» Les Aventures de Madame Merveille venait de voir le jour.

Sur une musique d'André Ristic, pianiste de l'ECM qui se passionne aussi pour les mathématiques et qui signe ici son premier opéra, la proposition en quatre actes se veut une ballade par le son, les voix, les cordes, le piano et l'électro dans les bulles et cases de quatre grands de la bande dessinée.

Tout un voyage: il y a les planches débordant d'action du jeune Cameron Stewart, cofondateur de la Royal Academy of Illustration and Design à Toronto, dans lesquelles l'ingénue Madame Merveille est confrontée à des forces maléfiques. Il y a aussi la profondeur des monochromes imagées par Michael Cho qui lève le voile, en quelques cases, sur une histoire d'amour prenant place au coeur des années 1950.

«La composition d'André Ristic est exceptionnelle, poursuit Mme Lacroix, parce qu'elle fait ressortir tous les personnages. Ce sont des airs qui se suivent comme des numéros avec un style très imagé.» Un style idéal aussi pour mettre en relief la délicatesse des vignettes de Pascal Girard ou pour atténuer la rudesse des planches de Scott Hepburn et son Combat interstellaire, dans lequel un certain Docteur Klexxx fait rage.

La créature opératique, qui fusionne le 4e art selon Hegel et le 9e art, mise en scène par Marie-Josée Chartier, va s'animer pour deux soirs à Montréal, avant de poursuivre sa route ailleurs, assure Mme Lacroix. L'audace doit également être radiodiffusée par la suite sur les ondes d'Espace Musique, amputée toutefois de son volet visuel audacieux, malheureusement.