Prix littéraire des collégiens - Marc Séguin, chouchou des étudiants

Marc Séguin, l’auteur de La Foi du braconnier a quitté New York tôt en matinée pour assister à la cérémonie au Salon du livre de Québec, hier.
Photo: Yan Doublet Marc Séguin, l’auteur de La Foi du braconnier a quitté New York tôt en matinée pour assister à la cérémonie au Salon du livre de Québec, hier.

Après Nicolas Dickner, Myriam Beaudoin, Pierre Samson et Catherine Mavrikakis, c'est au tour de l'écrivain Marc Séguin de recevoir le Prix des collégiens cette année. La Foi du braconnier (Leméac), un premier roman pétri de révolte, a touché les jeunes lecteurs en plein coeur.

Québec — Devant les professeurs, collégiens et simples lecteurs réunis au Salon du livre de Québec, une étudiante de La Pocatière a comparé l'oeuvre de Marc Séguin La Foi du braconnier à «un fuck you à l'Amérique sur des airs de Leonard Cohen». Ce livre, a-t-elle ajouté, «ne se compte pas en pages ou en temps, mais en kilomètres de masculinité».

L'auteur, qui avait quitté New York au petit matin pour être de la cérémonie, était très ému. «La littérature est pour moi un lieu très intime où deux humains peuvent se rencontrer. Je comprends ce prix comme une invitation à vous revisiter dans quelques années», a-t-il déclaré.

Son livre, dont le critique du Devoir Christian Desmeules avait souligné la finesse lors de sa parution en septembre, raconte l'histoire d'un «homme moitié Blanc francophone, moitié Mohawk» qui, écrivait-il, «a fait depuis longtemps le deuil de son espèce».

Or, comme le soulignait Marc Séguin hier, La Foi du braconnier raconte aussi une histoire d'amour. «Chacun choisit ce qu'il veut dans le livre, c'est comme un buffet (!)»

Artiste en arts visuels réputé, Marc Séguin s'est notamment fait connaître pour des oeuvres de dénonciation politique très efficaces où la destruction de la nature rencontre celle du terrorisme. «Je pense que c'est obligatoire de ne pas sortir indemne du contact avec une oeuvre d'art», disait-il hier lors d'une causerie avec les étudiants.

Or il y a apparemment des choses qu'on ne peut pas dire sur une toile, et une autre dimension de l'artiste traînait depuis longtemps dans les corridors de son imagination. «Je n'arrive pas à tracer un portrait ou à cerner une situation aussi complexe dans la peinture.»

Les quelque 800 collégiens qui ont participé au concours ont encore une fois cette année débattu longtemps avant de choisir leur favori parmi les cinq oeuvres qu'avait sélectionnées le comité de sélection dirigé par le responsable des pages culturelles du Devoir, Jean-François Nadeau: Le Discours sur la tombe de l'idiot de Julie Mazzieri (José Corti), L'Énigme du retour de Dany Laferrière (Boréal), Joies d'Anne Guilbault (XYZ), L'oeil de Marquise de Monique LaRue (Boréal) et enfin La Foi du braconnier de Marc Séguin (Leméac).

Une classe d'étudiants suédois

Fait intéressant, une classe de jeunes suédois a pris part à l'aventure pour la première fois cette année. Dépêchée chez nous pour représenter ses collègues, la jeune Ulrika Hallstedt, du lycée Franska Skolan de Stockholm, avait un faible pour le livre de Laferrière. «Il est vraiment rentré dans mon coeur, ce livre. [...] Quand je lisais, je m'arrêtais souvent pour réfléchir», nous confiait-elle hier.

Cette présence suédoise, qui s'ajoute à celle, depuis quelques années, d'un lycée de la France, découle de l'initiative personnelle d'une enseignante du cégep de Jonquière, Hélène Arsenault, qui a établi un contact avec l'enseignante de la jeune Hallstedt, Françoise Sule.

Comme nous l'a expliqué le professeur de français qui pilote l'aventure du Prix depuis ses débuts, Bruno Lemieux, Mme Sule trouve beaucoup de points communs entre les imaginaires littéraires du Québec et de la Suède: ce sont deux cultures du Nord avec une langue minoritaire, des populations de tailles comparables et, bien sûr, la neige. «Mme Sule prétend que les Suédois sont comme chez eux dans la tempête du Kamouraska d'Anne Hébert.»

En plus du Devoir, plusieurs organisations se sont associées cette année pour soutenir le Prix des collégiens: le groupe Quebecor, la Banque Nationale, la Fondation Marc Bourgie, les ministères de la Culture et de l'Éducation, le consulat de la France à Québec, le Centre de recherche CRILCQ de l'Université Laval, la Première Chaîne et l'Union des écrivains (UNEQ). À l'occasion de la remise du prix hier, on a en outre fait tirer parmi les étudiants des abonnements au Devoir, des bourses d'études et un voyage en France.