Parler de soi... avec humour

S'il faut en croire l'auteur modeste d'Il faut me prendre aux maux — mais le faut-il? —, tout serait à la fois vrai et faux dans cette «autobiographie bassinante», collection disparate de «ses petits moments de vie plus ou moins pathétiques» et de ses lubies singulières.

Les sujets y sont éclatés. Et les données de catalogage avant publication pourraient nous en fournir un aperçu: «Civilisation», «20e siècle», «Humour», «Vie à la ferme» et «Québec (Province)». Brassons ces mots-clés comme on le ferait d'un paquet de cartes à jouer, ajoutons-y un narrateur bavard, cultivé, professeur de géographie retraité, qui revisite quelques moments édifiants de son existence — ou de son inexistence — et nous nous approcherons du véritable sujet du livre. C'est-à-dire lui-même.

«Un sujet si frivole & si vain», dirait Montaigne, cité par l'auteur en ouverture de son livre. Comme un programme à venir ou un sceau de qualité. Esprit vif et narquois, piqué d'un humour cons-tant et d'une autodérision qui fonctionne sans défaillir, Luc Bureau enfile, dans une langue riche et vivante, une quinzaine de récits qui nous feront rire et réfléchir.

C'est ainsi qu'on a droit au récit télescopé et hilarant de ses déboires pendant une trop longue tentative de retour à la terre au début des années soixante-

dix (Mémoires d'un plouc). Des chicanes de voisins qui tournent toujours à ses dépens. Des aveux répétés d'ignorance, d'oublis et de doutes («Je suis la somme de mes incertitudes», écrit-il), des considérations plutôt imaginatives sur le rangement de sa bibliothèque (Des livres et moi) ou les confidences d'un érotomane impénitent (Pourquoi je suis géographe?).

Les tableaux se succèdent, le leitmotiv demeure immuable: «Ô Satan, prends pitié!» La malédiction continue-t-elle de frapper? Mais ne nous touche-t-elle pas tous, d'une manière ou d'une autre? C'est la condition humaine. Luc Bureau, lui, a l'oeil pour la voir et il prend surtout le parti d'en rire.

L'auteur, qui a enseigné la géographie à l'Université Laval jusqu'à sa retraite en 2001, n'en est pas à ses premières armes: «D'accord, mon oeuvre est plus que modeste. Ce n'est pas une raison pour que l'on s'acharne à me méconnaître.» C'est pourquoi on ne saurait trop vous inciter à lire Géographie de la nuit (L'Hexagone, 1997) ou Terra erotica (Fides, 2009), et par-dessus tout La Terre et moi (Boréal, 1991), qui nous l'a surtout fait connaître il y a une vingtaine d'années déjà.

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Il faut me prendre aux maux
Luc Bureau
L'Instant même
Québec, 2010, 180 pages

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