Littérature québécoise - L'odyssée cubaine d'un baby-boomer

Maya Ombasic
Photo: Mélanie Vincelette Maya Ombasic

Les tropiques. Moiteurs, malheurs, fruits gorgés de saveur, odeurs de café, tourisme des sens et de la conscience. C'est le territoire de Rhadamanthe, un premier roman à saveur de comédie dramatique qui se déroule à Montréal et à Cuba — surtout à Cuba. Un pays où la fiction de Maya Ombasic avait déjà mis les pieds, si on peut dire, puisque ses Chroniques du lézard (Marchand de feuilles, 2007), un court recueil de nouvelles bien accueilli, y puisaient toute leur inspiration. Cette fois encore, Ombasic pose un regard sans fard sur ses contemporains, hommes ou femmes, Cubains ou Québécois, sans distinction.

Marc Vadeboncoeur, «bébé-boumeur» nouvellement retraité de la fonction publique fédérale, saisit l'occasion d'un malaise cardiaque pour se secouer les puces et divorcer de sa femme après «trente années de prison» et d'anesthésie générale. Secrètement, il nourrit le rêve d'ouvrir et d'exploiter un petit café.

Dans un premier temps, sa rencontre avec Vrany, une «dictatrice suisse-allemande» adepte de la manière forte avec les hommes et de produits naturels, avec laquelle il fera un voyage à Cuba, le positionnera durablement sur l'orbite cubaine. Vrany vite délaissée, d'au-tres attractions, plus locales, sauront faire vibrer le héros de Maya Ombasic. Il tombe sous le charme du pays et de ses habitants. «Il était si fasciné qu'il voulait tout faire comme eux: vivre, marcher, danser, aimer.»

L'homme, qui n'a jamais connu de grand amour, n'a jamais non plus vécu de grande tragédie (la guerre, l'exil, l'amputation d'un membre, la perte d'un enfant). On pourrait s'attendre au pire pour ce presque puceau de la vie, petit oiseau sans défense, victime idéale d'un escroc ou d'une femme fatale.

Il aura plutôt droit à l'ouragan tropical, à la fureur caribéenne, au grand vortex: une Cubaine. Et cela même si un ami, barman dans un hôtel de Camagüey, exilé bosniaque et propriétaire d'un violon Stradivarius (hum), l'avait mis en garde contre les femmes cubaines. Rien à faire: il tombe amoureux d'une jeune femme de Baracoa qui semble lui vouer en retour un amour sincère.

Passons vite sur les détails nombreux, les allers-retours entre Montréal et Cuba, et disons seulement que l'aventure finira par tourner au cauchemar. Duplicité féminine, impossibilité de connaître l'autre, choc Nord-Sud, pragmatisme d'individus prêts à tout pour améliorer leur existence dans cette prison sans barreaux: l'odyssée cubaine de Marc Vadeboncoeur se transformera en un long voyage en enfer.

Histoire d'ensorcellement un peu convenue qui finit par s'adoucir en dépit d'un début plutôt féroce, Rhadamanthe accumule quelques invraisemblances et pas mal de digressions. Un roman, tout compte fait, divertissant et léger.

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RHADAMANTHE
Maya Ombasic
Marchand de feuilles
Montréal, 2009, 260 pages

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Collaborateur du Devoir