Beaux livres - Diego Rivera et l'«art du peuple»

Depuis une vingtaine d'années, la renommée du muraliste mexicain Diego Rivera (1886-1957) a considérablement pâli si on la compare à celle de sa compagne Frida Kahlo (1907-1954), dont la carrière artistique s'est pourtant déroulée dans l'ombre de son célèbre mari et mentor. Si les tableaux énigmatiques de Kahlo font aujourd'hui courir les foules dans les musées, la peinture de chevalet et les études préparatoires aux fresques de Rivera ne suscitent, au mieux, qu'une respectueuse curiosité.

De même, si les livres d'art et les études sur l'oeuvre de Frida Kahlo se sont multipliés ces dernières années, les ouvrages consacrés au géant mythomane qu'était Diego Rivera se font plus clairsemés.

Cette biographie, sans apporter d'éléments vraiment nouveaux à ce qu'on connaît déjà de la vie et de l'oeuvre de Rivera, est toutefois rehaussée de magnifiques reproductions en couleurs et grand format de ses oeuvres, à toutes les périodes de sa carrière, depuis ses tâtonnements en Europe, où il adopta à peu près tous les styles en vogue, jusqu'aux oeuvres de sa maturité, alors qu'il s'était enfin trouvé un style à lui grâce aux commandes de murales du gouvernement mexicain.

Si les fresques de Rivera sont toujours appréciées à l'égal de celles de ses contemporains Clemente Orozco et Alfaro Siqueiros, elles nous semblent aujourd'hui, malgré leur solide composition et leurs couleurs éclatantes, souvent trop près de la caricature et de la joliesse, défauts peut-être inhérents à la mission de propagande et d'éducation populaire qui avait présidé à leur création.

On sait que l'art des muralistes, très dépendant de l'architecture, a décliné et puis pratiquement disparu alors que s'imposait dans les années 1940 la nouvelle architecture fonctionnaliste des Frank Lloyd Wright, Van der Rohe, Le Corbusier et Gropius, pour qui l'ornementation était sacrilège. L'«art du peuple», comme se plaisait à l'appeler Rivera, s'est depuis réfugié dans les graffitis et les murales hyper-réalistes et kitsch en trompe-l'oeil sans avoir jamais retrouvé son prestige d'antan. Ce livre permet de comprendre pourquoi l'art des muralistes a joui d'une telle faveur à une certaine époque et de mieux apprécier la contribution originale qu'y a apportée Rivera.

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Diego Rivera
Son art et ses passions
Gerry Souter
Parkstone International
New York, 2009, 255 pages