Littérature étrangère - Naufragés sous les étoiles imprécises

L’écrivain israélien Amos Oz
Photo: Agence France-Presse (photo) THOMAS LOHNES L’écrivain israélien Amos Oz

On entre dans Tel-Ilan comme sur une île inconnue. Dans ce petit village israélien centenaire et somnolent campé «sous les étoiles imprécises», un peu hors du temps, où chacune des maisons et chaque coin de rue semblent résonner d'histoires ancestrales, de solitudes partagées, les habitants ressemblent à des naufragés oubliés depuis longtemps.

En huit nouvelles fortes, Amos Oz (Seule la mer, Une histoire d'amour et de ténèbres, La Boîte noire), l'un des écrivains israéliens les plus importants de sa génération et fervent partisan de la solution d'un double État au conflit israélo-palestinien, nous construit une bulle dont il est difficile, après deux cents pages, de s'extraire tout à fait.

Entouré de champs et de vergers, de quelques vignes, plongé dans une atmosphère d'oppression subtile (religion, désir, menaces sécuritaires, temps), Tel-Ilan vibre de ses ardeurs passées. Une tante angoissée attend la visite de son neveu en permission militaire (Les Proches). Un agent immobilier se voit offrir une visite guidée singulière et chargée de sensualité retenue de la vieille maison qu'il convoitait depuis longtemps (Perdre). Un très vieil homme, ancien député vivant dans la même maison que sa fille, est réveillé chaque soir par des bruits de forage — coups de pioche, cliquetis, grattements — qui lui semblent venir de la cave (Creuser). Un adolescent rêveur et solitaire s'embrase pour la bibliothécaire divorcée (Les Étrangers).

On attend beaucoup dans ces Scènes de vie villageoise, on exprime maladroitement ses désirs, on reste sur place. L'avenir y est suspendu. «Un jour, avant, il y a longtemps, on s'aimait un peu. Pas tout le monde. Pas beaucoup. Pas toujours. Par-ci par-là. Mais maintenant? À notre époque? Les coeurs sont morts. C'est fini.» Amos Oz nous donne à voir un peu, le temps de traverser un village endormi, la permanence de ces amours fantômes.

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SCÈNES DE VIE VILLAGEOISE
Amos Oz
Traduit de l'hébreu par Sylvie Cohen
Gallimard, Paris, 2010, 206 pages

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Collaborateur du Devoir