Bédé - Un oeuf, deux voyageurs et l'absurde du voyage

Deux hommes marchent dans la nature, bâton à la main et sac au dos, à la recherche du village de Pin Rouge. C'est peut-être l'automne, il fait froid bleu, mais pas froid neige et, dans une clairière, ils vont rencontrer une drôle de créature agonisante au sol. «Qu'est-ce que c'est, tu crois?», demande l'un. «Je n'en sais rien», répond l'autre. Et c'est déjà beaucoup...

Avec Célébration (La Pastèque), l'étonnant auteur norvégien Rui Tenreiro vient une nouvelle fois promener sa poésie du surréel dans un environnement bichromatique où vont prendre place un voyageur avec foulard et un voyageur sans foulard — ce sont les noms des héros — devant l'absurde de leur propre condition. Le tout, qui sait, au temps du médiéval.

Tout comme pour Le Merle, sa précédente création, les décors s'y dévoilent avec la complexité qui sied à ce récit où la recherche de repères est forcément vaine. Alors, on se laisse bercer par une distribution incertaine — un pilote français, le fermier de la forêt, Balthazar et son père, Moïse et le chat Calibraster — mais aussi par ses arbres en forme d'oiseaux noirs, cette fête des récoltes qui ne tient pas debout, ses oeufs venus d'on ne sait où et ses villageois à tête de loup.

Oui, le loufoque peut parfois être le chemin à prendre pour trouver la profondeur.

Bédé impressionniste, cette célébration trouve facilement sa place entre le délire introspectif d'un créateur génial et le livre d'art qui va puiser quel-ques traits dans l'univers mythologie et iconographique du shinto japonais. Elle n'est pas loin non plus de l'univers éclaté et réflexif de L'Autre fin du monde (Attrabile) qu'un certain Ibn al-Rabin nous a servi en 2008 et dont la simple évocation force la mise en garde à l'entrée dans cette fête: les esprits trop cartésiens ne devraient pas aller sous la couverture. Finalement.

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La Célébration
Rui Tenreiro
La Pastèque
2009, Montréal, 112 pages