Littérature québécoise - Facettes de l'amour au féminin

Montréalaise née en Abitibi en 1969, Josée Bilodeau nous avait donné auparavant deux romans, La nuit monte (XYZ, 2003) et On aurait dit juillet (Québec Amérique, 2008). Avec Incertitudes, elle enchaîne cette fois onze nouvelles qui explorent différentes facettes de la réalité amoureuse féminine. Avec un penchant certain pour les angles les plus sombres et les moins exposés.

Minutieuses introspections, constats tristes de l'amour qui se lézarde, cartographies de dérives mentales et d'hésitations, hantise de l'abandon, fuites du réel sous forme de fantasmes passionnés: avec ce recueil habilement construit, traversé de personnages et d'ima-ges récurrentes, l'écrivaine pose sans doute un jalon important d'une oeuvre encore jeune.

Ainsi d'un certain Gilles, «homme à tout faire» des nouvelles avec lequel semblent liées, d'une façon ou d'une autre (amoureuse, ex, soeur, amie), toutes les protagonistes féminines du recueil. Qu'elles s'appellent ici Sophie, Violette ou Ingrid, elles ont presque toutes en commun leur man-que de confiance en elle, ce qu'elles nomment des «états d'âme excessifs» et une insatisfaction quasi chronique envers les hommes qui partagent leur vie — qui eux semblent à

peu près tous immobiles et sans consistance.

Si le recueil s'amorce avec quelques textes moins convaincants, la seconde moitié suffit largement à nous le faire oublier. Grâce à «Dans la chambre andalouse», notamment, nouvelle impressionniste et sensuelle, où Josée Bilodeau joue habilement de la corrida comme métaphore du couple: observation lente, peur et désir, tango, piques, mise à mort.

Dans Le Bébé de Maria, rendant visite à un couple d'amis venant d'avoir un bébé, une femme, un peu hors d'elle, ne sait plus quoi penser. Fascinée, révulsée, jalouse? «Comment savoir ce que je voulais, comment sait-on, quand cette idée nous met de si épouvantable humeur?»

Ailleurs, un trajet nocturne en train dans une Suisse de carte postale se transforme en cauchemar pour une femme qui se voit séparée par accident, au milieu de nulle part, de toute sa petite famille (Le Dernier Wagon). Dans L'Arbre mort, un jasmin en pot qu'elle croyait mort reprend vie et colonise lentement tout l'appartement d'une jeune femme. Métaphore botanique de la dépression, peut-être, de la peine d'amour envahissante jusqu'à l'étouffement: «Dans le regard fuyant de mes amis, je ne voyais plus qu'une triste fille. J'étais devenue cette fille-là.»

Portée par une écriture qui ose prendre des risques, qu'on devine personnelle ou qui en donne l'illusion parfaite — ce qui revient au même — Josée Bilodeau nous offre un petit livre fort, poétique, clair-obscur.

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INCERTITUDES
Josée Bilodeau
Québec Amérique
Montréal, 2010, 136 pages

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Collaborateur du Devoir