Essais québécois - L'érotisme selon Michel Dorais

Le sociologue Michel Dorais est un essayiste délicat, qui sait parler des choses de la sexualité avec une clarté pudique. Il a exploré, ces dernières années, la face sombre de cet univers dans de solides ouvrages sur la prostitution juvénile, la violence sexuelle au masculin et l'homophobie. Il ne s'est pas détourné pour autant de la face lumineuse de cette expérience humaine. Sur ce territoire, son essai intitulé La Mémoire du désir. Du traumatisme au fantasme (Typo, 2004) s'impose comme un classique.

Dans un Petit traité de l'érotisme qu'il vient de faire paraître, Dorais tente d'analyser ce qui se passe «dans notre esprit quand nous ressentons une personne ou une situation comme érotique». Il rejette l'approche essentialiste, «selon laquelle l'être humain serait le jouet passif de sa chimie intérieure», et défend plutôt une approche qui fait une place à l'intentionnalité. Le désir, explique-t-il, est naturel, mais sa direction ne l'est pas. Le passé de chaque individu et les conditionnements culturels déterminent en grande partie «l'attraction ressentie», mais «la façon dont on y répond dépend toutefois des décisions de chacun». Dans une belle formule, Dorais explique qu'«il n'y a pas d'érotisme sans conscience de soi; avant même d'être rapport à l'Autre, c'est un rapport à soi».

Cet ouvrage reprend quelques évidences: le sentiment de transgression peut être érotique, l'érotisme magnifie le corps de l'autre, alors que la pornographie le dégrade, les hommes érotisent le corps, alors que les femmes érotisent des attitudes et des sentiments. S'il n'est pas, dans ces pages, toujours original, Dorais ne manque jamais d'élégance dans l'expression. «Cette volonté d'être symboliquement rassasié au contact de l'Autre est déterminante dans l'érotisme, explique-t-il. Est excitante la captation, au moins symbolique, fût-ce un bref instant et en fantasme, de ce que l'Autre possède de plus précieux à nos yeux.»

Sophia Loren, semble-t-il, affirmait que «la séduction, c'est 10 % de ce que l'on a et 90 % de ce que les autres croient que l'on a». Ce qui fait dire à Michel Dorais que «l'érotisme se passe avant tout dans la tête». C'est à la fois rassurant et inquiétant.

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Petit traité de l'érotisme
Michel Dorais
VLB
Montréal, 2010, 120 pages

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Collaborateur du Devoir
2 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 14 février 2010 00 h 30

    «Petit traité de l'érotisme» ou «Petit Traité de l'érotisme»?

    «Petit traité de l'érotisme» ou «Petit Traité de l'érotisme»?

  • Democrite101 - Inscrit 22 avril 2010 17 h 49

    Vive l'érotisme solaire !

    Érotisme solaire, déchristianisé, donc érotisme heureux, jouissif et imaginatif, voilà ce qu'on peut souhaiter à tous.

    En érotisme l'oeuvre de Andréa de Nerciat (1731-1800, avec Les Aphrodites, Le Diable au corps, Félicia, Lolotte, etc.) est de loin la meilleure. Pas de violence, pas de mépris, totale égalité homme-femme, pas de culpabilisation, pas de jalousie, pas de parasites anti-sexuels. Érotisme solaire et heureux.

    On nous a caché son oeuvre pendant deux siècles et on nous a brandi à la place l'oeuvre du pur pervers qu'est Sade. Quelle tristesse cette désastreuse substitution dans le monde des lettres et dans la pratique érotique !

    Je conseille à tous «Oeuvres de chair» de notre compatriote Gaétan Brulotte qui a écrit à ma connaissance la meilleure analyse scientifique de l'érotisme littéraire.

    Bonne lecture, et jouissez-bien.
    Chamfort disait: «Toute la morale se résume à jouir et faire jouir».


    Jacques Légaré, ph.d. en philosophie politique