Littérature américaine - Confession d'un maniaque

Joyce Carol Oates, photographiée à Paris en 2005
Photo: Agence France-Presse (photo) Jean-Pierre Muller Joyce Carol Oates, photographiée à Paris en 2005

Référence incontournable de la littérature américaine, fabuleusement prolifique (elle a publié en moyenne quelque chose comme deux livres par an depuis 1963), Joyce Carol Oates, 71 ans, est ouvertement obsédée par la violence et la transgression. Et Le Triomphe du singe-araignée, paru en 1976, jamais traduit en français auparavant, ne fait pas exception.

Le court roman s'inspire librement de la vie de Charles Manson, criminel psychopathe notoire, mélange d'artiste hippie et de prophète fou qui s'est rendu tristement célèbre pour avoir commandité à la fin des années 1960, à

Los Angeles, une série de meurtres particulièrement sordides.

Portant à la fois le masque du criminel et celui de la victime, Bobbie Gotteson incarne une sorte de «héros tragique», selon les mots mêmes de l'auteure. Le choix du patronyme, ici, n'est pas innocent — un «fils de Dieu» qui paie de ses propres crimes la culpabilité de chacun d'entre nous. Victimes innocentes, héros innocent, complicité générale: au cours du procès qu'on lui fait subir, entrecoupé de flashbacks de ses crimes sanglants, le Singe-Araignée convient de tout et même de son contraire.

Incursion au coeur de la folie, Le Triomphe du singe-araignée exploite aussi la figure de l'artiste maudit convaincu de son génie, pseudo-démiurge guidé par des forces inconscientes qui le manipulent et l'investissent d'un destin supérieur. Une oeuvre inconfortable, autant par sa forme que par son propos, qui tend un drôle de miroir: «Il y a quelque chose dans la Machette qui nous excite tous.»

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LE TRIOMPHE DU SINGE-ARAIGNÉE
Joyce Carol Oates
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Claro
Les Allusifs
Montréal, 2010, 132 pages

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Collaborateur du Devoir