Contes d'ici et de nulle part

Ils surgissent de la nuit des temps, portés qu'ils ont été jusqu'à nous par des centaines, des milliers de bouches. Les grands conteurs que sont Michel Faubert et Michel Hindenoch les ont pigés dans cette nuit, les ont amadoués, puis les ont contés à leur tour. Les éditions québécoises Planète rebelle faisaient paraître cet automne Contes et complaintes, de Michel Faubert et Michel Hindenoch, accompagné d'un disque portant la voix des conteurs.

C'est Michel Faubert qui ouvre le bal avec un conte poignant, intitulé Le Dernier Loup de la Manouane. On y raconte l'histoire absolument terrible d'un homme dont le père se transforme en loup-garou. Ce conte évoque le sortilège de Windigo, un personnage de la mythologie amérindienne, par lequel s'est ancré le tabou du cannibalisme. Manouane (on dit aussi Manawan), c'est une réserve attikamek de la région de Lanaudière, qui est aussi la patrie de Faubert. Ses contes sillonnent d'ailleurs différentes régions du Québec; on effleure Québec avant de plonger dans la région de Chaudière-Appalaches, Saint-Damien, Saint-Lazare, Saint-Gervais, dans Le Prêtre fantôme, qui raconte les relations troubles d'une jeune femme avec un prêtre. Les contes du Français Michel Hindenoch se passent pour leur part dans des pays inconnus, des pays universels. «Je ne raconte que les contes et les mythes qui me fondent, d'où qu'ils viennent, et pour lesquels j'ai construit mes propres versions. Je m'adresse dabord aux adultes, ensuite (pourquoi pas) aux enfants. Ma démarche est poétique, philosophique et politique», écrit-il, sur le site du centre méditerranéen de littérature orale.

«Il y a des histoires dont on ne sait plus dans quel pays elles sont nées, tant elles parlent toutes les langues», écrit d'ailleurs Hindenoch, en ouverture de son conte L'Oiseau-chanteur. Ce sont des contes du hasard ou de sagesse, des contes qui empruntent la voie des songes ou la voie de l'imagination.

Le livre est accompagné d'un CD où les conteurs turlutent quelques rengaines avant de dire des textes: La Prison de Londres, chantée par Michel Faubert, ou La Ville de Sarlat et Le Pays de Lérida, chantés par Michel Hindenoch. Michel Faubert y raconte aussi un conte qui ne figure pas dans le livre, Le 1er Ouvrage.