Un vibrant plaidoyer en faveur de l'évolutionnisme

C'est un véritable trésor qu'a déniché Marcel Sylvestre, ex-enseignant de philosophie au cégep de Joliette, en mettant la main sur La Vie. Considérations biologiques, un ouvrage du médecin québécois Albert Laurendeau, publié en 1911. Devenu introuvable depuis plusieurs années, ce livre est un vibrant et solide plaidoyer en faveur de l'évolutionnisme.

Médecin de campagne à Saint-Gabriel-de-Brandon, Albert Laurendeau, qui était l'oncle d'André et le grand-oncle de Marc, impressionne par sa culture scientifique et philosophique, de même que par son style limpide et élégant. Partisan d'une séparation entre la science et la religion et d'une éducation scientifique moderne, le courageux médecin n'est pas tendre envers une Église qui, résume Sylvestre, impose un bâillon «aux nouvelles connaissances scientifiques en contrôlant les institutions d'enseignement».

En 2008, dans La Peur du mal. Le conflit science et religion au Québec: l'affaire Laurendeau (PUL), Sylvestre avait raconté la réception courroucée réservée par le haut clergé lanaudois aux idées du docteur Laurendeau. Dans la présentation qu'il signe de cette réédition de La Vie. Considérations biologiques, il revient plutôt sur les fondements du débat.

Est-ce le dualisme (esprit-matière), le monisme (matière seulement) ou l'unicisme de Laurendeau (matière seulement, mais créée par Dieu à l'origine) qui définit le mieux l'humain? Sylvestre, on s'en doute, choisit le monisme. «Le rat comme l'homme, écrit-il, sont influencés par ces hormones et si, chez l'humain, l'amour est plus qu'une question de lulibérine, c'est que la culture et le langage viennent troubler la fête hormonale.» Il ajoute que ce qu'on appelle l'âme n'a rien d'immatériel et serait essentiellement la réverbération de la parole.

Cette conception, dit-il, si elle était partagée, permettrait d'en finir avec les divisions religieuses. Or les religions ne sont-elles pas des faits de culture et de langage? Le saut qualitatif qui caractérise l'humain par rapport au reste du vivant, précisément grâce à la culture et au langage, ne reste-t-il pas, en ce sens, une énigme?

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Collaborateur du Devoir

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