Canada - Temps durs pour les librairies féministes

Toronto — Le nombre de librairies féministes au Canada a chuté de façon importante à cause de difficultés financières selon un site Internet qui fait la promotion des droits des femmes et de l'une des librairies phares de ce créneau, a-t-on appris hier.

Au dire des gens de la Toronto Women's Bookstore (TWB), le nombre de ces librairies aurait chuté de 125 en 1994 à 21 aujourd'hui.

Après avoir frôlé la fermeture en 1992 après qu'une bombe incendiaire eut visé une clinique d'avortement qui se trouvait à l'étage inférieur, la librairie vieille de près de 40 ans doit à nouveau se battre pour son avenir.

La situation financière du commerce torontois est à ce point précaire, qu'elle doit recourir à une collecte de fonds. Les membres du conseil d'administration espèrent recueillir 120 000 $, afin de continuer de vendre des livres traitant de questions telles que les sages-femmes, la violence conjugale ou les problèmes auxquels font face les personnes transgenres.

L'activiste et écrivaine qui a longtemps siégé au conseil d'administration du TWB, Robyn Bourgeois, croit que ce phénomène ne signifie pas que les gens ont moins d'intérêt envers la question féministe. Elle pense plutôt qu'il est désormais plus difficile pour les petits commerces indépendants de se battre contre des librairies de grandes surfaces telles que Chapters, qui contrôle 70 % du marché et qui peut vendre ses livres en ligne. Les librairies plus modestes ne peuvent tout simplement pas rivaliser avec les rabais proposés par les géants de l'industrie, estime-t-elle.

Mme Bourgeois enseigne également en études féministes à l'Université de Toronto et fait remarquer que ses étudiants sont tout aussi passionnés par la question féministe qu'elle l'était elle-même il y a dix ans.

Elle fait aussi valoir que les difficultés financières de ces librairies sont attribuables aux changements importants dans le monde de l'enseignement. La professeure fait remarquer que la survie des librairies est très liée aux achats de livres par les étudiants qui suivent des cours universitaires. De plus en plus de matériel exigé par les enseignants se retrouve sur Internet, dit-elle.

Par ailleurs, selon la propriétaire de la librairie Northern Woman's Bookstore à Thunder Bay en Ontario, Margaret Phillips, ce ne sont pas seulement les librairies féministes qui ont des difficultés à notre époque, mais l'ensemble des organisations qui font la promotion des droits des femmes. Elle estime que ces dernières années, ces organismes souffrent d'un manque de soutien qui est plus important depuis que le Parti conservateur est au pouvoir à Ottawa.

En 2006, le gouvernement a fait des compressions dans les fonds consacrés aux divers groupes féministes.

Mme Phillips indique que lorsqu'une organisation qui se voue aux femmes doit fermer, cela influe sur les librairies féministes, parce que les gens qui oeuvrent dans ces centres ne sont plus là pour soutenir ces établissements commerciaux et en faire la promotion.

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