Les travailleurs de la forêt - L'enfer en plein air

Au bas de l’échelle, le travailleur sylvicole récolte le gros de l’effort et un salaire misérable.
Photo: Agence Reuters Au bas de l’échelle, le travailleur sylvicole récolte le gros de l’effort et un salaire misérable.

Ils sont environ 10 000 au Québec. Ils bossent dans les forêts éloignées du Lac-Saint-Jean, de l'Abitibi, de la Gaspésie, de la Côte-Nord et de la Mauricie. Ce sont des débroussailleurs. Ils nettoient la forêt de ses «tiges» pour permettre aux jeunes plants de pousser. Ils font, selon une formule de Louis Hamelin dans son recueil Sauvages, «le travail de plein air le plus casse-cul de l'hémisphère nordique».

En 2005, quand elle a vu des hommes d'origine africaine qui poireautaient, le long de la route, au milieu d'une forêt près de Dolbeau-Mistassini, la romancière et journaliste Marie-Paule Villeneuve s'est demandé ce qu'ils faisaient là. Elle venait d'entrer dans l'univers des débroussailleurs. Quatre ans plus tard, elle nous livre le fruit de son travail d'enquête dans Le tiers-monde au fond de nos bois.

Depuis vingt ans, les compagnies forestières (notamment Domtar, Tembec et Bowater) qui opèrent sur les terres publiques du Québec doivent faire du reboisement et de l'aménagement forestier, financées par des crédits du gouvernement québécois. Elles engagent, pour ce faire, des sous-traitants qui, souvent, sous-traitent à leur tour le travail. Au bas de l'échelle, le travailleur sylvicole récolte le gros de l'effort et un salaire misérable.

Un très bon débroussailleur, nous apprend Villeneuve, nettoie environ un ou deux hectares en sept jours de travail, pour un salaire de 800 à 900$. De cette somme, toutefois, il doit soustraire ses dépenses (logement, nourriture, essence, transport). Dans la chaleur, sur un sol très instable, avec un équipement lourd et sans cesse harcelé par les mouches, ce travailleur payé au rendement, et non à l'heure, dans la plupart des cas, se tape souvent vingt semaines de cet enfer dans le seul but d'avoir droit à ses trente-deux semaines de prestations d'assurance-emploi. Le salaire obtenu par les débroussailleurs est parfois si faible que plusieurs, chiffres à l'appui, n'hésitent pas à parler de bénévolat.

Dans cet univers où les normes du travail sont rarement respectées et où la syndicalisation est extrêmement difficile — plusieurs travailleurs reconnaissent même que leurs employeurs sous-traitants feraient faillite s'ils devaient respecter des normes syndicales —, les Québécois de souche se font de plus en plus rares et sont remplacés par des travailleurs d'origines roumaine et africaine, démunis, isolés et facilement exploitables.

Marie-Paule Villeneuve a rencontré des travailleurs sylvicoles, des sous-traitants, des militants syndicaux, des fonctionnaires et quelques experts. Plusieurs de ceux-là se renvoient la balle, et peu de solutions concrètes émergent de cette enquête. Bernard Forest, de la CSN, affirme que, dans un monde idéal, les débroussailleurs seraient des employés de l'État, mais admet devoir se rabattre sur deux batailles plus modestes: l'instauration d'un salaire horaire et une syndicalisation multipatronale à la grandeur du Québec, sur le modèle du monde de la construction.

Sur le plan stylistique, Le tiers-monde au fond de nos bois n'est pas un grand livre. S'il expose bien la problématique de cet univers, il ne parvient pas vraiment à en rendre l'atmosphère infernale avec force. Aussi, l'ensemble manque d'émotion et d'intensité. La journaliste, malgré tout, fait oeuvre très utile en mettant en lumière une forme d'esclavage des temps modernes qui se pratique dans l'indifférence générale.

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Collaborateur du Devoir


17 commentaires
  • mpvilleneuve@hotmail.com - Inscrit 21 décembre 2009 00 h 22

    émotion et intensité

    Un commentaire de l'auteure, peut-être suis-je la seule à avoir lu le texte.
    Ne riez pas ça arrive.
    En tous cas les débroussailleurs ne lisent pas Le Devoir.
    Pour retrouver cette émotion et cette sensibilité qui semble manquer au livre, il aurait fallu prêter attention à leur témoignage poignant.
    Mais ils le disent eux-mêmes, personne ne veut savoir ce qu'ils ont a à dire.
    Et je trouve cela malheureux.

    Marie-Paule Villeneuve

  • Nicole Ouellette - Abonnée 21 décembre 2009 19 h 02

    Invisibles rendus visibles

    J'ai lu le texte au complet et sans un moment d'ennui. Il y a là le constat effrayant que ces travailleuers n'intéressent personne et qu'ils le savent tellement qu'ils se désintéressent d'eux-mêmes. Il n'y a pas moyen dans les conditions qui sont les leurs de développer le moindre sentiment de leur sort collectif. On sait que l'autre subit les mêmes conditions mais comme on ne le voit pas, on ne développe aucune complicité. On se rabat sur son sort individuel: gagner assez pour avoir son assurance-chômage. Pour avoir été au courant de leur sort avant même la parution de ce livre, je sais que le patronat n'est aucunement intéressé à les voir se syndiquer. Ce n'est pas productif. Je pense que ce livre témoigne très éloquemment de leur condition enfin exposer au plus grand jour. Merci Mme Villeneuve.

  • Gil Boucher - Inscrite 21 décembre 2009 19 h 28

    le fond des bois

    comme je suis travailleuse sylvicole, je me suis rapidement intéressée à ce livre, la seule chose que je pourrais reprocher à ce livre, c'est d'avoir oublié les travailleurs en aménagement forestiers qui ne sont pas des débrousailleurs. Oui , oui, ceux là qui ne font même pas 20 semaines de travail car la saison de plantation n'est jamais aussi longue que cela... oui ceux là qui travaillent aussi durement, mais qui a la fin n'ont même pas assez long de prestation d'assurance emploi pour se rendre à la saison suivante.., Cependant, j'apprécie la rigueur de l'écriture. Quand, je lis ce livre, j ai l'impression d'entendre parler les principaux intervenants qui ont participer a leur façon à l'écriture de ce livre, nous pouvons constater le respect et l'écoute de l'auteur pour les gens qu'elle a rencontrés...Madame villeneuve a enfin donner la parole aux gens de la forêt.. c'est un début, un très bon début..!

  • Gil Boucher - Inscrite 22 décembre 2009 08 h 02

    encore moi

    je vous cite monsieur conrnellier <S'il expose bien la problématique de cet univers, il ne parvient pas vraiment à en rendre l'atmosphère infernale avec force. Aussi, l'ensemble manque d'émotion et d'intensité." je comprend de ceci exactement le contraire de ce que vous voulez dire. Comme vous ne connaissez aucunement, le climat ou tout ce qui entoure le travail en forêt
    si vous parlez d' atmosphère infernale, c'est que la lecture du livre a fait son oeuvre
    même, probablement au delà de ce que l'auteur pouvait espérer:)) Ceux qui pratique ce métier, la vive eux, cette émotion , cette intensité qui semble vous faire défaut à la lecture de ce riche document.

  • fab savoir - Inscrit 22 décembre 2009 08 h 05

    le tiers -monde forestier

    des centaine de personnes gagnent leur vie en faisant des travaux forestier; à la lecture du livre ont constate très vite que l'industrie forestière s'en calisse des travailleurs syvicole,
    quand le politique parle de crise forestière et de création d'emploie en forêt; on comprend que le travaille des débrousailleur n'est ni reconnu, ni assisté.