Leçons de Galbraith fils à la gauche

Le sous-titre de L'État prédateur, son livre aussi lumineux que dérangeant, précise le sujet avec provocation: Comment la droite a renoncé au marché libre et pourquoi la gauche devrait en faire autant. L'économiste, né en 1952, souligne que «le fanatisme du marché est un produit américain, mais porte clairement le tampon "réservé à l'exportation"».

On comprend, même si Galbraith n'est pas aussi explicite qu'on l'aurait souhaité, que les thèses des économistes de droite, comme Milton Friedman, servaient à jeter de la poudre aux yeux des autres nations en insistant sur le monétarisme et le libre-échange pour assurer la suprématie du dollar et le contrôle américain de l'économie mondiale. Mais, aux États-Unis mêmes, l'État-providence, né sous Franklin D. Roosevelt, a survécu sous les républicains Reagan, Bush père et Bush fils.

«La Caisse de retraite publique est, rappelle notamment Galbraith, sortie de cette période avec ses prestations à peu près intactes. Medicare et Medicaid ont continué à grandir... Le système global de soutien public au logement est resté.» N'empêche qu'en 2007 Hillary Clinton, démocrate qui lorgnait la présidence, promit de «récompenser l'épargne» et d'«équilibrer le budget fédéral», deux prétextes vieillis des conservateurs pour démanteler l'État-providence.


Religion apostasiée

Comme le signale Galbraith, le démocrate Bill Clinton se laissa, à la fin des années 90, tenter par la privatisation de la Caisse de retraite publique. Lorsque Bush fils voulut faire la chose en 2005, le Congrès à majorité républicaine s'y opposa au nom de la lucidité politique. Il n'y a donc rien de perdu si, avec Obama, les démocrates abandonnent la religion du libre marché que la droite réaliste a déjà subrepticement apostasiée.

N'oublions pas qu'Alan Greenspan, président de la Federal Reserve et l'un des symboles de l'État prédateur, encouragea les subprimes, prêts immobiliers à taux variables qui, tout en ruinant de nombreux acheteurs d'une maison, provoquèrent la crise économique mondiale de 2008. Galbraith a raison d'estimer qu'en économie «planification» est le mot-clé qui permettrait aux démocrates d'extirper du gouvernement la tendance à la prédation.

Il leur faudrait planifier, en plus d'un régime public et universel d'assurance maladie, des solutions à d'autres problèmes urgents. Ainsi, le réchauffement climatique devrait obséder, à l'instar de Galbraith, la gauche des États-Unis et du reste du monde.

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Collaborateur du Devoir

 

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